UNION REGIONALE DES MEDECINS LIBERAUX DE LA REUNION

 

RGO : reflux gastro oesophagien

 

A- Objectifs :

 

  1. Connaître les symptômes typiques 
    1. chez l’adulte : pyrosis, régurgitations, postural, post prandial
    2. chez le nourrisson :
  2. connaître la différence reflux vomissements
  3. Connaître les symptômes atypiques : asthme, ORL, stomato
  4. Notions de physiopathologie :
    1. Le cardia, le SIO (les substances qui le relâchent), l’exemple de la hernie hiatale
    2. le rôle de l’obésité et des hyper pressions abdominales
    3. aggravation des conséquences par le décubitus nocturne
  5. Notions sur les complications : l’œsophagite peptique, la sténose, l’adénocarcinome, l’asthme
  6. Les facteurs qui doivent inquiéter : l’âge, la modification des symptômes, la résistance au traitement d’épreuve, l’AEG
  7. Notions sur les examens complémentaires : l’EDH, la pH métrie, la manométrie.
  8. Connaître les RHD : surélévation de la tête du lit, diner tôt & léger, éviter les substances relâchant le SIO
  9. Les principales classes thérapeutiques :
    1. Les pansements couvrants (alginate,Gaviscon)
    2. Les antisécrétoires (anti H2, IPP)
    3. Les prokinétiques (Dompéridone)
  10. Les rares indications opératoires
  11. Un mot de l’avenir en matière de reflux : les interventions non chirurgicales

 

 

B- Questions pour le micro trottoir :

 

  1. Connaissez-vous le terme RGO ?
  2. Comment sait-on qu’on a un RGO ? (objectifs 1 & 2)
  3. Le RGO c’est grave ?
  4. Qu’est-ce qu’il faut faire pour diminuer le RGO quand on en a un ? (objectifs 3&7)
  5. Qu’est-ce qu’il faut éviter de prendre quand on a un RGO ? (objectif 3a)

 

C- Script de l’émission :

Trouver une image drôle accrocheuse sur le reflux.

1-  Le reflux gastro oesophagien, ce n'est pas réservé aux nourrissons ?

En effet, le reflux gastro-oesophagien que les médecins appellent parfois R. G. O. est très fréquent chez le nourrisson j'ai qu'il est responsable de régurgitation. Le positionnement du berceau et des les espèces qui peuvent alors être indiquées. Ce problème disparaît généralement lorsque le nourrisson acquiert la position debout et se met à marcher. Chez l'adulte en revanche cette maladie reste souvent méconnue et mal soignée, alors qu'on dispose de traitements efficaces

 

2- Parce qu'elle est rare chez l'adulte ? 

Bien au contraire ! Elle touche près de 45 % de la population française au moins une fois par mois.

 

3 - mais qu'est-ce au juste qu'un reflux gastro oesophagien ?

Le reflux gastro oesophagien est une remontée du contenu de l'estomac vers l'oesophage. Les aliments normalement circulent en sens unique dans le tube digestif. Une fois avalés, ils passent par l'oesophage qui est une sorte de tuyau jusqu'à l'estomac qui est une sorte de réservoir. Normalement, ils ne doivent pas remonter de l'estomac vers l'oesophage ; quand cela arrive, on parle de reflux gastro-oesophagien.

 

4 - Alors ce sont des vomissements en quelque sorte ?

Non justement ! Les vomissements s'accompagnent d'efforts, de nausées, avec parfois des malaises tandis que le reflux gastro-oesophagien survient spontanément, sans effort.

 

5 - Mais comment est-ce possible, sans effort ?

Le reflux gastro-oesophagien est en fait lié à un défaut du mécanisme anti reflux. Il y a entre l'oesophage et l'estomac un sphincter avec une sorte de valve qui ne laisse passer les aliments et les liquides que dans un sens. Quand ce sphincter est mal fermé, il suffit d'une augmentation de la pression abdominale pour pousser le contenu de l'estomac vers le haut.

 

6 - Mais ce défaut du mécanisme anti reflux, est-il congénital ou provoqué par certains facteurs extérieurs ?

Les deux ! On peut avoir une faiblesse congénitale du mécanisme anti reflux, et alors on a plusieurs membres de la famille atteints par le reflux, mais il a également des éléments extérieurs qui peuvent relâcher le sphincter ou augmenter la pression abdominale. Nous y reviendrons tout à l'heure.

 

7 - Comment sait-on qu'on a un reflux gastro-oesophagien ?

Eh bien je dirais qu'il y a les symptômes classiques, habituels, qui vous permettent de poser vous-même le diagnostic et les symptômes atypiques.

 

8 - Et quelles sont les symptômes habituels ?

Le symptôme le plus typique, c'est la brûlure qui remonte du creux de l'estomac vers le  sternum ; d'autant plus typique que cette brûlure survient quand l'estomac et plein, dans les mouvements qui le compriment c'est à dire en se penchant en avant ou en pliant le ventre.

En terme médical nous appelons cela un pyrosis. Cela vient du grec pyros qui signifie feu.

La régurgitation est le deuxième signe classique : il s'agit de la perception au niveau de la gorge ou de la bouche d'un liquide le plus souvent acide comme du vinaigre.

 

9 - Donc quand on sent cette brûlure ou cette régurgitation on sait qu'on a reflux ?

Tout à fait ! Mais il faut savoir que presque tout le monde aura à un moment ou un autre a un reflux. Celui-ci est anormal quand il devient trop fréquent et qu'il gêne la qualité de vie.

 

10 - Et que faut-il faire alors ; doit-on consulter immédiatement un médecin ?

Pas forcément ! Si vous êtes jeune (moins de 45 ans ce qui constitue la limite décidée arbitrairement par la conférence de consensus sur le reflux) et que votre reflux ne vous gêne pas trop, vous pouvez vous contenter des règles hygiéniques et diététiques.

 

11 - Et quelles sont ces règles hygiéniques et diététiques ?

La plus importante et de surélever la tête du lit.

 

12 – vous voulaient dire mettre un ou deux oreillers ?

non, plus que ça, mettre deux cales pour surélever la tête du lit de manière à ce que le lit ne soit pas complètement horizontal mais très légèrement incliné.

 

13 - mais pourquoi est-ce si important ?

Cela permet en cas de reflux pendant la nuit au liquide acide de couler spontanément vers l'estomac qui est en bas. On sait en effet que les reflux qui surviennent la nuit sont les plus graves. Pourquoi ? Tout simplement parce que la journée on est en général debout et que donc l'acide et qui a reflué dans l'oesophage ou la gorge redescendra spontanément vers l'estomac. En outre, quand on sent un reflux, on avale sa salive ce qui achève de laver l'oesophage. Lorsque l'on dort en position horizontale, l'acide qui a reflué peut rester plusieurs minutes voire des heures au contact de la muqueuse oesophagienne et la brûler.

 

14 - Et les autres règles hygiéniques et diététiques ?

La deuxième règle concerne le dîner. Comme vous l'avez vu, la période la plus critique est le sommeil. Il est donc recommandé de dîner tôt et léger.

 

- tôt ?

Oui et quand je dis tôt, cela veut dire environ 18 h 30

 

- effectivement !

La troisième règle consiste à éviter les substances qui relâchent le sphincter du bas de l'oesophage : il s'agit du café, de l'alcool, des acides, des graisses, de certains médicaments comme la Théophylline.

 

- mais comment savoir si le médicament que me prescrit mon médecin relâche le sphincter inférieur de l'oesophage ?

le plus simple et peut-être d'indiquer à votre médecin que vous souffrez de pyrosis ou de régurgitation.

 

- vous nous avez parlé tout à l'heure de l'augmentation de pression abdominale

oui, cela arrive par exemple entre la grossesse (et les femmes enceintes en savent quelque chose !) ou en cas d'obésité. La prise de poids augmente la pression abdominale et laisse moins d'espace pour l'estomac qui est comprimé par la graisse. On voit souvent un reflux apparaître à l'âge mûr, chez des gens qui ont pris du poids.

 

- Nous avons vu les règles hygiéniques et diététiques ; s'appliquent-elles uniquement aux reflux modérés ou à tous les reflux ?

Ces règles sont primordiales et s'appliquent à tous les reflux !

 

- Vous nous avez parlé de l'adulte mais qu'en est-il du nourrisson ?

Chez le nourrisson, les mêmes principes s'appliquent, il est important de relever franchement le berceau et d'éviter les trop gros biberons. Il faut éviter également de coucher bébé juste après le biberon. Si cela ne suffit pas, parlez-en à son médecin.

 

- vous nous avez parlé des signes typiques, mais vous avez évoqué tout à l'heure l'existence de signes atypiques. Quels sont ces signes inhabituels ?

Tout d'abord il faut savoir qu'un bon nombre de reflux passe complètement inaperçu car il n'y a pas de symptôme. La maladie peut alors évoluer à bas bruit jusqu'au stade des complications.

Il y a ensuite des symptômes qui peuvent concerner la voix (une voix rauque ou éraillée, éteinte) la gorge, la bouche, l'haleine, une douleur dans une oreille. On peut avoir une toux inexpliquée qui revient trop souvent on peut même avoir de l'asthme...

 

- vous voulez dire que le reflux peut provoquer de l'asthme ?

tout à fait ! Il peut le provoquer et le plus souvent il peut aggraver un asthme qui existe déjà.

 

- mais qui doit consulter ? Quand doit-on consulter ?

Toute personne qui est trop gênée doit consulter son médecin traitant.

Toute personne qui a plus de 45 ans ou des signes inhabituels ou une altération de son état général devra consulter et elle aura du reste dans ce cas le plus souvent des explorations complémentaires.

 

- et que fait le médecin ? Quel traitement donne-t-il ?

Tout d'abord, le médecin posera le diagnostic. Si les signes cliniques sont typiques, il n'y a pas besoin d'examens complémentaires et s'il s'agit d'un malade jeune sans signe inquiétant, il pourra donner ce qu'on appelle « un traitement d'épreuve »

 

- Un traitement d'épreuve ?

Oui, nous utilisons ce terme pour dire que si le malade est soulagé par le traitement, cela confirme le diagnostic.

On peut donner plusieurs sortes de médicaments en cas de reflux gastro oesophagiens : il peut par exemple s'agir d'un liquide surnageant qui passera en premier en cas de reflux et protégera la muqueuse de l'oesophage par un effet « pansement couvrant ». On peut donner également un médicament qui resserrera le sphincter inférieur de l'oesophage. Mais le plus souvent, on prescrira des médicaments qui coupent la sécrétion acide de l'estomac.

 

- combien de temps durera ce traitement ?

le traitement d'épreuve en lui-même dure un à deux mois ; s'il est efficace, il pourra être reconduit plusieurs fois, éventuellement en diminuant les doses ou en les espaçant. Par contre, il ne faut pas s'obstiner et si ce traitement d'épreuve est inefficace il faut consulter sans tarder.

 

- tout à l'heure, vous avez parlé d’explorations complémentaires ; pouvez-vous nous rappeler dans quels cas elles sont nécessaires et en quoi elles consistent ?

Toute personne qui a plus de 45 ans ou des signes inhabituels ou une altération de son état général ou qui a résisté au traitement d'épreuve, devra faire des examens complémentaires.

Les deux examens les plus importants dans le reflux sont l’endoscopie digestive haute et la pHmétrie

 

- la pHmétrie, en quoi cela consiste ?

La pHmétrie consiste à mettre une sonde dans la partie basse de l'oesophage. Cette sonde  mesure en permanence l'acidité à l'endroit où elle est placée et transmet la mesure à un enregistreur qui est fixé à la ceinture et que le malade doit garder pendant environ 24 heures c'est-à-dire une journée et une nuit. Il y a en outre un bouton sur lequel le malade appuie lorsqu'il ressent un symptôme qui fait penser à un reflux. On appelle ce bouton, le marqueur d'événements.

 

- le malade a donc une sonde qui sort par le nez et qui est connecté à un boîtier fixé à la ceinture qu'il porte pendant 24 heures même en dormant ?


c'est tout à fait cela. L'enregistrement est analysé ensuite par un ordinateur qui détermine s'il y a eu beaucoup de reflux, des reflux prolongés, et si les symptômes sont liés à des reflux : si les fois où le malade à appuyé sur le bouton marqueur d'événements correspondent à une baisse du pH c'est-à-dire un reflux.

On fait une pHmétrie en particulier lorsqu'on a un doute sur le diagnostic.

 

- vous nous avez parlé également de l'endoscopie digestive haute, c'est la fibro ?

oui, c'est comme ça qu'on l'appelait auparavant. Elle consiste à faire entrer un endoscope par la bouche, dans la gorge, l'oesophage l'estomac et même le début de l'intestin.

Elle permet de voir les causes du reflux si la jonction entre l'oesophage l'estomac est trop ouverte, s'il y a par exemple une hernie hiatale.

Elle permet également de voir les conséquences du reflux s'il y a des complications

 

- des complications ?

oui des complications provoquées par l'agression du liquide acide sur un endroit où il y a normalement pas d'acide. La plus fréquente est l'oesophagite peptique. Il s'agit d'une brûlure de la muqueuse oesophagienne.

 

- la muqueuse ?

Oui, à l'intérieur du corps on ne parle pas de peau mais de muqueuse. La brûlure ressemble du reste aux brûlures que l'on peut avoir sur la peau. Dans les formes superficielles, il s'agit d'une simple rougeur qui s'agrandit, se creuse, puis est recouverte d'une fausse membrane blanchâtre

 

- cela peut se guérir ?

Oui, en plus des mesures hygiénodiététiques, il faut prendra alors des médicaments qui coupent la sécrétion acide pendant plusieurs semaines voire des mois.

 

- et si l'on ne traite pas cette oesophagite peptique, que se passe-t-il ?

on observe alors une aggravation des lésions qui peuvent

  • saigner et le saignement peut être visible extériorisé ou invisible finissant par entraîner une anémie,
  • entraîner un rétrécissement de l'oesophage
  • ou entraîner une dégénérescence.

 

- que se passe-t-il quand on a un rétrécissement de l'oesophage ?

Eh bien a du mal à avaler et les bouchées peuvent rester bloquées au-dessus du rétrécissement. La sensation de bouchée qui cale sur un obstacle est appelée la dysphagie.

 

- vous avez parlé de dégénérescence cela peut-il aller jusqu'au cancer ?

oui cela peut aller jusqu'au cancer, mais après de nombreuses années d'évolution négligée. On passe en général par un stade intermédiaire qu'on appelle endobrachy oesophage.

 

- mais comment faire pour ne pas en arriver jusque-là ?

le plus important est de ne pas négliger les symptômes qui évoquent un reflux. Si ces symptômes sont typiques et qu'ils répondent bien aux mesures hygiénodiététiques, vous pouvez les gérer vous-même. Si les mesures hygiénodiététiques ne suffisent pas ou si les symptômes sont atypiques, inquiétants, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin. Celui-ci proposera des examens complémentaires lorsque le traitement d'épreuve ne sera pas efficace ou s'il constate des symptômes atypiques ou inquiétants.

Dans de rares cas, après des années d'évolution, l'équipe médicale (médecin traitant, spécialiste en maladie de l'appareil digestif et chirurgien) proposera un traitement chirurgical.

 

- on peut donc opérer certains reflux ?

effectivement ! Mais cela reste rare. Le traitement consiste à reformer le dispositif entier reflux, le plus souvent en recréant ce qu'on appelle une « hémi valve postérieure »

 

- c'est une opération lourde ?

ce n'est pas une opération que l'on pratique tous les jours dans tous les services de chirurgie digestive. Le fait de la faire par voie coelioscopique améliore les suites opératoires.

En outre, elle a l'inconvénient que les résultats ont tendance à se dégrader au fil des années, c'est-à-dire que les malades qui n'avaient plus besoin de médicaments après l'opération finissent par avoir à nouveau besoin de médicaments au bout de quelques années.

 

- peut-on alors espérer l'arrivée de nouvelles techniques ?

oui, plusieurs techniques sont à l'étude, certaines sont en phase trois, c'est-à-dire en cours de validation sur de des groupes de malades en comparaison au traitement habituel.

Les plus prometteuses sont celles que l'on pratique par voie endoscopie que, qui ne nécessitent donc pas d'ouvrir le ventre du malade.

 

- en résumé Docteur que doit-on retenir sur le reflux gastro-oesophagien ?

  1. la première chose à comprendre, c'est que le reflux gastro-oesophagien est fréquent, on peut dire qu'il touche quasiment tout le monde, mais qu'il ne devient vraiment un problème que lorsqu'il est gênant pour la qualité de vie.
  2. Les deux signes principaux se sont la brûlure et les régurgitations surtout lorsqu'elles surviennent après les repas, dans certaines positions.
  3. Les mesures hygiénodiététiques s'appliquent à tout le monde, la plus importante de surélever la tête du lit, il faut faire attention également à dîner de bonne heure et légèrement et éviter les substances qui relâchent le sphincter inférieur de l'oesophage.
  4. Il faut consulter lorsque les signes ne sont pas typiques, trop gênant, associés à une altération l'état général et que l'on a plus de 45 ans.
  5. Des examens complémentaires seront nécessaires dans tous ces cas saufs chez les personnes jeunes qui répondent au traitement d'épreuve.

 

N’oubliez pas que vous pouvez revoir cette émission à partir de la page d'accueil du site de l’Union Régionale des Médecins Libéraux de La Réunion




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