UNION REGIONALE DES MEDECINS LIBERAUX DE LA REUNION
Décision médicale partagée
et information délivrée sur Internet

Jean Brami - Service évaluation et amélioration des pratiques
http://www.has-sante.fr/portail/display.jsp?id=c_640726

Le concept de décision médicale partagée1 s’est imposé à la fin des années 90 comme une priorité majeure dans la relation médecins-patients.
Ceci pour quatre raisons principales :
  1. l’affirmation croissante de l’autonomie de la personne qui implique des droits (droit d’être informé, droit d’accéder à son dossier médical, droit de décider)2 ;
  2. l’explosion des connaissances accessibles au patient par Internet3 ;
  3. l’Evidence Based Medicine (EBM) qui met en évidence des niveaux de preuve pouvant hiérarchiser certaines décisions ;
  4. l’existence de situations médicales comportant plusieurs options et pour lesquelles les décisions à prendre ne sont évidentes, ni pour le médecin ni pour le patient.
La décision médicale partagée implique que le patient soit correctement informé4 sur son état de santé. Dès lors, l’information va réduire les conflits dans les choix à effectuer et va entraîner une adhésion du patient plus grande, en particulier au cours des maladies chroniques. Fait remarquable, un plus grand niveau d’information ne semble pas synonyme d’un plus haut niveau d’anxiété5 pour le patient.

Mais comment être sûr que l’information délivrée est de bonne qualité ?
Certaines études6 indiquent que les patients ne sont pas toujours bien informés et des freins ont même été identifiés7, dont la question des modalités de partage de l’information.
Faut-il que le médecin donne l’information au cours d’un entretien en face à face, en utilisant des supports comme des brochures ou des cassettes vidéos, ou encore en laissant le patient aller chercher l’information sur Internet ?
La question est d’autant plus importante que les praticiens disposent de peu de temps et que l’information doit être la plus objective possible.

Tout récemment, un essai contrôlé randomisé réalisé par des chercheurs de l’Université californienne de Los Angeles, dont les résultats sont présentés dans « Archives of Internal Medicine »8 a comparé les effets de différents supports Internet pour informer le patient dans le cadre du dépistage systématique du cancer de la prostate.

Ce dépistage est un excellent cas d’école pour étudier la qualité de l’information délivrée au patient. En effet, la prise en charge thérapeutique qui découle d’un diagnostic de cancer de la prostate est parfois plus invasive pour le patient que les conséquences liées à l’évolution naturelle du cancer. Se soumettre ou non au dépistage du cancer de la prostate est une décision souvent liée à la qualité de l’information que le patient a reçue. Un patient bien informé sur les conséquences éventuelles induites par la découverte d’un cancer de la prostate (en termes d’incontinence ou d’impuissance par exemple) ne se soumettra à ce dépistage que si les bénéfices d’un diagnostic précoce l’emportent sur ceux du traitement d’un cancer éventuel9.

Les auteurs de l’essai ont mis au point un outil d'aide à la décision qui concilie la qualité d’information que constitue la remise d’une cassette vidéo10 avec la facilité d’un surf sur Internet. Il s’agit de modules accessibles sur le web. Ces modules présentés sous forme d’enregistrements vidéo présentent les arguments en faveur ou en défaveur du dépistage systématique, un panorama des différents types de traitements proposés en cas de découverte d’un cancer et des témoignages des patients et de leurs médecins. Cet outil est qualifié par leurs auteurs d’aide à la décision « didactique ».

Pour tester l’efficacité de cet outil, les auteurs ont recrutés 611 hommes de plus de 50 ans et les ont répartis d’une manière aléatoire dans quatre groupes. Le premier groupe est soumis à l’intervention « didactique » sur le site Internet. Le deuxième est invité à se connecter sur des sites institutionnels11. Le troisième groupe est soumis à l’intervention didactique et à l’intervention institutionnelle. Le quatrième est un groupe témoin. Dans chacun des quatre groupes, un pré-test et un post-test sont réalisés pour évaluer les connaissances des patients sur l’opportunité du dépistage en fonction de l’information délivrée.

Le résultat est clair : les hommes qui ont utilisé l’outil d’aide à la décision sont moins souvent allés chercher une autre information sur le web que les hommes des autres groupes. Ils étaient davantage satisfaits de l’information reçue et plus confiants de la décision qu’ils avaient prise.

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Bibkiographie 1. En anglais “Shared decision-making”.
2. Tabuteau D, Martin D. Les droits des personnes malades. In Traité de santé publique - Ed Médecine-Sciences Flammarion.
3. Berland GK et al. Health Information on the Internet. Accessibility, Quality, and Readability in English and Spanish. JAMA. 2001;285:2612-2621
4. Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé : « Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus ».
5. O’Connor AM et al. Decision aids for patients facing health treatment or screening decisions : systematic review. BMJ 1999 ;319 ;731-734.
6. Penston J. Patients’ preferences shed light on the murky world of guideline-based medicine. J. Eval Clin Pract. 2007;13 (1):154-9.
7. Gravel K, Légaré F, Graham ID. Barriers and facilitators to implementing shared decision-making in clinical practice : a systematic review of health professionals’ perceptions. Biomed Implementation Science 2006,1:16.
8. Frosch DL et al. Internet Patient Decision Support. A randomized Controlled Trial Comparing Alternative Approaches for Men Considering Prostate Cancer Screening. Arch. Intern. Med. 2008;168(4):363-369.
9. Éléments d’information des hommes envisageant la réalisation d’un dépistage individuel du cancer de la prostate. Recommandations pour la pratique clinique. Anaes / Service des recommandations professionnelles et service évaluation économique / septembre 2004.
10. Frosch D. et al. A Randomized Controlled Trial Comparing Internet and Video to Facilitate Patient Education for Men Considering the Prostate Specific Antigen Test. J. Gen Intern Med 2003;18:781-787.
11. American Cancer Society and the U.S. Centers for Disease Control and Prevention.


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