UNION REGIONALE DES MEDECINS LIBERAUX DE LA REUNION
Un médecin sur deux agressé depuis cinq ans
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[26 juillet 2007]


Pas de psychose, mais une réalité. Pour la première fois, les médecins libéraux de l’île se sont confiés et ont révélé ce que beaucoup savaient déjà : la violence est bien une réalité dans leur quotidien. Pas moins de 52 % des professionnels ayant répondu à un sondage interne de la profession déclarent avoir été victimes d’une agression physique ou verbale ou encore d’un acte de vandalisme au cours des cinq dernières années à la Réunion. Conséquence : des cabinets qui ferment plus tôt et des professionnels qui ont dû apprendre à gérer le risque.

“Je n’ai pas fait médecine pour ça”, réagit Patrick Vidal, pédiatre au Port. Le “monsieur sécurité” à l’URML (Union régionale des médecins libéraux de la Réunion), qui représente en une même entité les différents syndicats et professionnels de l’île. Avec le souci de contribuer à l’amélioration de la gestion du système de santé et de la qualité des soins dans le département, l’Union a lancé en avril dernier un grand sondage auprès des quelque 1 200 médecins libéraux de l’île.

DES VIGILES ? PAS LA SOLUTION

Un sondage portant sur leurs attentes et leurs difficultés. Une enquête en cours de finalisation et dont les résultats seront officiellement présentés d’ici la rentrée, après avoir été validés par son conseil d’administration. En attendant, le sondage a d’ores et déjà permis de “confirmer ce que tout le monde savait déjà”, commente un professionnel de l’Est. À savoir, une réalité de la violence en milieu médical identique à celle constatée en métropole : 52 % des répondants ayant déclaré avoir rencontré des “problèmes de sécurité” au cours des cinq dernières années. Une première à la Réunion, jamais jusqu’alors une donnée chiffrée n’ayant pu être associée au phénomène.

L’ordre des médecins ne possédant pas de données suffisamment fiables en la matière, même si tous les cas connus sont recensés, particulièrement les agressions physiques qui restent tout de même rares. Des médecins qui ne feraient pas toujours remonter l’information “dans 9 cas sur 10”, s’agissant d’agressions verbales, estime le docteur Jérôme Liesenfelt de SOS Médecins Saint-Denis, en charge de la question de la permanence des soins au conseil régional océan Indien de l’Ordre. “En fait, les médecins hésitent souvent à se confier, intervient Patrick Vidal, avec peut-être l’impression de ne pas avoir été bons. D’être quelque part à l’origine de l’incident en ne l’ayant pas détecté à temps.” Pour lui, c’est au moment de fermer les grilles de son cabinet que l’agression a eu lieu. “Il était environ 20 h 30 et le gars m’a sauté dessus de nulle part en me donnant un coup de pied au visage. Je n’ai rien pu faire et il est parti avec mon ordinateur et mon terminal de paiement informatique”, raconte le praticien, persuadé d’avoir été victime d’une attaque préméditée, “le type m’ayant laissé mon portefeuille”.

C’est donc bien le médecin qui était visé et non un simple passant au mauvais endroit, au mauvais moment. “Ce sondage est la preuve que la médecine est bien devenue une profession à risques”, poursuit-il. Des chiffres que les professionnels ne manqueront pas de faire remonter au plus haut niveau, dans l’attente de soutien et de solutions... Tout en connaissant déjà la réponse : “Impossible de placer un vigile devant la porte de chaque cabinet.”

Principale conséquence : “Une modification des horaires de consultation avec une fermeture plus tôt pour éviter de se retrouver seul et en pleine nuit.
En fait, c’est la population qui pâtit de la situation”, analyse le pédiatre.

PLUS DE VISITES AU PORT

Toujours selon lui, les agressions n’épargneraient pas les cabinets, notamment au contact de patients qui “dérapent”. Pourquoi ? Toujours et encore les médicaments estime le spécialiste, ou à défaut l’ordonnance, “alors que les laboratoires ne nous fournissent désormais que très peu d’échantillons et que l’argent liquide à pratiquement disparu des cabinets”. Ce sont pourtant les interventions de nuit, seul, qui seraient les plus exposées pour le praticien de SOS Médecins, toujours marqué par l’agression d’un de ses pairs par un déséquilibré armé d’un couteau, en 2002, à Saint-Denis. “Les risques du métier”, selon Jérôme Liesenfelt, en citant des agressions verbales “récurrentes” et autres intimidations auxquelles “tous les médecins ont été confrontés au moins une fois”. En ciblant “des clients devenus plus exigeants n’hésitant parfois pas à se montrer violents pour obtenir ce qu’ils veulent”.

Pas de psychose pour autant, mais une réalité avec laquelle il a fallu apprendre à composer. Résultat : des interventions des praticiens de SOS Médecins limitées désormais aux cas d’extrêmes urgences - quand elles n’ont pas totalement disparu comme au Port - ou quand le Samu ne peut pas intervenir, avec le recours à une présence policière “quand on ressent qu’il peut y avoir un danger”. Une évolution matérialisée par l’apparition de plusieurs maisons et autres cabinets médicalisés permettant aux médecins de moins s’exposer, tout en assurant une continuité des soins à la population (nuits et week-ends), sur la base du volontariat. Une initiative que les médecins aimeraient voir davantage soutenue : “Quand les collectivités s’engagent sur la protection des médecins, ces derniers reprennent leurs gardes”, commente la présidente de la Maison de soin de l’Est, Christine Kowalczyk.

Une entité qui prendra à la rentrée la direction de Saint-André (et le nom de Maison médicale de garde), où un local et un vigile ont été promis par la municipalité. Résultat : 37 médecins en soirée et 13 le week-end ont accepté de jouer le jeu... Là où les gardes avaient un temps disparu.

P. Madubost

“Le médecin de nuit ne fait plus rêver”

Signe des temps et de l’évolution des mentalités, rares sont aujourd’hui les médecins à vouloir endosser l’habit du médecin de nuit. Pour preuve, de cinq auparavant, il ne reste plus aujourd’hui que trois cabinets de SOS Médecins dans l’île, à Saint-Pierre, au Port et à Saint-Denis. Des structures ouvertes 24h/24, suivant elles aussi une tendance observée en métropole comme dans le département, où c’est désormais davantage le patient qui se déplace et non plus l’inverse. Un gain d’efficacité, de confort pour le malade comme pour le praticien, permettant d’assurer une continuité des soins les nuits et les week-ends, mais aussi “de moins exposer les professionnels”, commente le praticien de SOS Médecins. Une discipline à part qui “ne fait plus rêver les jeunes”. Avec pour conséquence une pénurie de gardes dans certains secteurs à laquelle les médecins libéraux ont répondu par la création de maisons et autres cabinets médicaux. Des structures basées sur le volontariat et la mutualisation des moyens. “Le regroupement, c’est la solution”, affirme un médecin de l’Est. L’union fait toujours la force.

“Plus respectés comme avant”

Chacun se souvient du coup de gueule des quatre médecins du cabinet médical du quartier Titan, au Port. Des professionnels qui avaient symboliquement décidé de baisser leurs grilles en novembre dernier, après avoir été victimes d’un saccage de leurs locaux, de racket et d’intimidations à répétition. Depuis ? Un retour au calme progressif, selon le docteur Asgaraly. À ses yeux, c’est bien “un problème d’éducation, voire parfois de démission des parents, qui est à l’origine des incidents”. En regrettant, “qu’à l’instar des pompiers ou des instituteurs, on ne respecte plus le médecin comme avant”. Des pressions et autres menaces que “tout médecin a connues au cours de sa carrière”. Embaucher des vigiles ? “Nous ne rentrerons jamais dans cette logique et de toute façon, nous n’en avons pas les moyens, alors qu’il n’y a déjà plus assez de médecins.” Des agressions verbales qui seraient selon le professionnel “le résultat d’une minorité. Il n’y a pas plus de délinquants ici qu’ailleurs”. Des problèmes de société auxquels les médecins sont souvent les premiers à être confrontés... de nuit comme de jour.

Menacé de mort pour une ordonnance

Exemple parmi d’autres : celui de ce médecin des hauts de Sainte-Suzanne, dont le cabinet a été pris pour cible quatre fois par les voleurs. La violence ? Si elle existe, “elle n’est le résultat que de quelques-uns”, affirme le praticien. Un médecin confronté en fin d’année dernière à des menaces de mort proférées par un de ses patients à la recherche de médicaments, aux effets hallucinatoires conjugués avec l’alcool. Sous la pression, ce dernier avait dû s’exécuter, avant de faire appel ensuite à un vigile pour rassurer le personnel du cabinet.
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