UNION REGIONALE DES MEDECINS LIBERAUX DE LA REUNION
Lettre ouverte aux jeunes médecins
qui vont choisir leur lieu d'exercice

15/03/2009

Cher(e)s futur(e)s confrères,

Vous avez choisi d'exercer un des plus beaux métiers du monde en vous engageant dans les études de médecine. Nous serions heureux que vous puissiez poursuivre le travail entrepris par vos aînés, au service de la santé des habitants de ce pays.

Il nous faut cependant être honnêtes avec vous, et vous confirmer ce que, hélas, la plupart d'entre vous ont déjà compris : l'exercice libéral de la médecine est condamné. En effet, et même si politiques et technocrates qui décident de votre avenir continuent de l’ignorer, nous savons en décomptant le nombre des installations en libéral ces dernières années qu'une majorité d'entre vous choisissent un exercice salarié : En 2007, sur 5 000 nouveaux médecins diplômés, 500 se sont installés en libéral, dont seulement 350 en médecine générale. Ces chiffres devraient inquiéter. Les récentes mesures votées au parlement montrent qu’en haut lieu il n’en est rien, et même pire : les mesures coercitives continuent de pleuvoir, ce qui va accentuer cette tendance. La question que vous ne vous posez déjà plus est : comment faire aujourd’hui sereinement le choix d’exercer la médecine de ville ?

En effet, le mode d'exercice libéral est celui qui comporte le plus de contraintes, et n'a en réalité de libéral que le nom. Ceci est particulièrement vrai pour la médecine générale libérale, qui est la pire manière, du point de vue professionnel, de faire ce métier : horaires sans borne, paperasserie ubuesque et envahissante, augmentation permanente des tâches sans moyen pour les effectuer, rémunération ne permettant pas d'accomplir nos missions premières, harcèlement constant par les contrôles de l'assurance maladie, accusations permanentes d'incompétence et de dilapidation de l'argent "public".

Les récentes décisions prises par les députés viennent d'y ajouter de nouvelles contraintes, pour imposer sous peine d'amende, pouvant atteindre près de 3 000 euros par an, aux médecins installés d’abandonner leurs patients pour aller exercer là où l’incurie des pouvoirs publics a organisé le "désert sanitaire". Il faudra aussi avoir l'aval du Conseil de l'Ordre et de l'ARS pour prendre des vacances !

Il nous faut donc, la mort dans l'âme, vous dissuader de choisir la médecine libérale. De très nombreuses opportunités d'exercice salarié vous attendent à l'hôpital, dans les administrations (notamment la sécurité sociale), les collectivités territoriales. Choisissez-les, les postes ne manquent pas, et vous ne serez pas assez nombreux pour les pourvoir.

La manière de soigner est en train de changer dans ce pays. Ne soyez pas les dindons d'une farce qui dure depuis des décennies. C'est un conseil honnête de ceux qui en subissent les conséquences aujourd'hui.

Nous vous souhaitons très sincèrement une carrière professionnelle satisfaisante, et compatible avec votre vie personnelle. »

Quelques signaitaires:
Docteurs Jacques Rouillier, Christian Lehmann, Yvon Le Flohic, François Le Hetet, Michel Kerleau, Patricia Coroller, Jacques Marlein, Guillemette Reveyron, Marcel Ruestch, Xavier Tarpin, Emmanuel Orfila, Jean-Luc Pontis, Jean-Paul Hamon, Jean-Bénédict de Saussure, Philippe Garache, Jérémie Caudin, Sophie Gelbard, René Magniez, Pierre Nevians, Gerald Weynachter, Marc Mondan, Serge Ericher, Sylvie Chinca, Georges Delamare, Fabien Foesser, Catherine Dormard, Benoît Raynal, Dominique Lihrmann, Jean Dussauge, Renzino Ayassot, Michel Aujoulat, Bernard Elghozi, Philippe Pimienta, Alain Joyeux, Jean-Luc Weigel, Guy Birry, Georges Lorenzo, Stéphane Pertuet, François-Yves Leget, Jean-Jérôme Le Coq, Hubert Moser, Thierry Decorniquet, Raymond Marciacq, Alain Gaspard, Jean-Pierre Garnier, Marcel Garrigou-Grandchamp, Didier Joseph, Christian Hurbault, Jean-Louis Clouet

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