UNION REGIONALE DES MEDECINS LIBERAUX DE LA REUNION
Oui aux DAM * de bonne compagnie
29/01/08 - Que Choisir Santé

Aucune politique de santé visant à rationaliser les dépenses de médicaments ne peut se faire sans se pencher sur les conditions dans lesquelles les médecins exercent leur responsabilité de prescripteurs.

La France détient le triste record des prescriptions médicamenteuses : 9 consultations sur 10 s'achèvent avec une ordonnance. Les Français seraient-ils plus souffrants que leurs voisins européens ? Loin s'en faut ! Ce bilan est au contraire symptomatique du harcèlement dont sont victimes les médecins de ville de la part des laboratoires pharmaceutiques, ce qui conduit souvent à des prescriptions irrationnelles?

Soucieuse d'agir en faveur d'un système de soins aussi économique qu'efficace, l'UFC-Que Choisir a analysé l'évolution des dépenses de médicaments par classe thérapeutique depuis 2002.

La première étude, centrée sur les IPP (pour les problèmes gastro-oesophagiens), les AINS (anti-inflammatoires utilisés pour traiter l'arthrose), et sur deux classes de médicaments contre l'hypertension, a montré la boulimie prescriptive de certains praticiens. Ainsi, pour les anti-inflammatoires, les médecins, en raison d'un démarchage aussi influent qu'habile, ont été convaincus de prescrire en masse une nouvelle thérapie, l'ART 50, alors que son efficacité est jugée inférieure à d'autres médicaments moins coûteux pour la collectivité?

Entre 2002 et 2006, sur seulement quatre classes thérapeutiques, ce gâchis aura coûté 650 millions d'euros à la Sécurité sociale !

La deuxième étude, qui porte sur la classe des antiagrégants, médicaments entrant dans la prévention et le traitement des accidents cardio-vasculaires, vient d'être rendue publique. Elle aboutit aux mêmes conclusions. Au total, à qualité de soins au moins équivalente et sur 15 % du marché du médicament, un milliard d'euros aurait pu être économisé de 2002 à 2006, soit 200 millions par an. Ce gâchis financier s'explique avant tout par le bombardement promotionnel des laboratoires. Les fonds qu'ils consacrent pour « informer » les médecins sur les vertus de leurs remèdes miracle s'élèvent à 2,4 milliards d'euros en 2004, dont 2 milliards au titre des seules visites médicales opérées par 23 000 visiteurs, soit un pour neuf médecins de ville ! Quand on sait, en outre, que la formation médicale continue (FMC) française est financée à 90 % par l'industrie pharmaceutique, l'objectivité de l'information médicale est aussi réelle que les vertus d'un placebo.

Les délégués de l'assurance maladie, les DAM, créés en 2004 pour répondre au bulldozer marketing des laboratoires pharmaceutiques, ne parviennent pas à remplir cette mission? Outre leur nombre insuffisant, l'objectif essentiel est la recherche d'économies drastiques dans le cadre d'une réduction des déficits, ce qui peut les rendre suspects aux yeux des médecins. Refusant de s'arrêter au diagnostic, l'UFC-Que Choisir propose la création de 1 700 visiteurs médicaux, placés sous l'égide de la HAS (Haute Autorité de Santé), afin de promouvoir auprès des professionnels de santé les médicaments les plus efficaces et les moins coûteux pour la collectivité. Une telle réforme, porteuse d'économies importantes et surtout garante d'une meilleure prise en charge médicale, ne devrait pas être conduite à dose homéopathique !

Alain Bazot

* DAM : délégués de l'assurance maladie

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