UNION REGIONALE DES MEDECINS LIBERAUX DE LA REUNION

Quotimed - PasseportSanté - WebProNews

Du bon usage d'Internet
dans le colloque singulier



La Haute Autorité de santé vient d'inciter les médecins à devenir conseillers Internet de leurs patients. En les dirigeant notamment vers les sites santé de qualité labellisés HON (« le Quotidien » du 28 novembre). Qu'en pensent les médecins ? Sachant que la moitié des internautes santé n'osent pas évoquer leurs recherches avec leur médecin, cela suppose de la part du praticien une « Internet attitude » encore peu répandue. Et du temps.

Elle (plutot qu'il) a sorti de son sac une feuille imprimée qu'elle n'ose pas toujours déplier et qu'elle glisse sur votre bureau : «Docteur, qu'est-ce que vous en pensez?» Si57 % des Français se déclarent «actifs» dans la recherche d'information médicale (selon un sondage IPSOS Insight Santé réalisé en octobre 2007), le problème n'est pas nouveau. Autrefois, c'était l'article découpé dans le journal que l'on vous mettait sous les yeux*. Aujourd'hui, l'information santé traîne d'abord sur Internet et sur les 30 millions d'internautes que compte le pays, 30 % en sont friands. Avec la maîtrise de moteurs de recherche comme Google, le patient peut devenir plus «informé» que son médecin sur «sa» pathologie.

Face à Dr Google. Les médecins ne sont plus surpris par l'irruption de la connexion dans leur consultation. Ils ont même tendance à surestimer le phénomène : ils pensent qu'Internet constitue à 90 % la source d'informations santé de leurs patients, alors que ceux-ci ne le citent qu'à 67 %, réservant 46 % de leurs faveurs à leur médecin traitant (sondage IPSOS Insight Santé).

Dr Google aide au diagnostic ?
Martin LaSalle – PasseportSanté.net - 14 décembre 2006

Les médecins consultent de plus en plus Google avant de poser leur diagnostic. Le populaire engin de recherche serait en effet un outil fort utile pour les aider notamment à diagnostiquer les maladies rares.
C’est ce qui ressort d’une recherche effectuée par deux médecins australiens1 qui ont interrogé Google en se servant de 26 études de cas publiées en 2005 dans le réputé New England Journal of Medicine (NEJM).

Les chercheurs ont soumis, au moteur de recherche, de trois à cinq mots-clés qui portaient sur les symptômes de chacune des 26 maladies décrites dans la publication. Les trois diagnostics qui leur étaient le plus souvent proposés étaient alors conservés. Ces résultats étaient ensuite comparés aux diagnostics émis par le NEJM.

Résultat : Google a proposé les bons diagnostics dans 58 % des cas. Il s’est montré plus précis pour les maladies à symptôme unique. Mais, les auteurs de l’étude estiment qu’il s’est également avéré utile pour identifier des maladies plus difficiles à diagnostiquer.
Un outil incontournable pour les médecins...

Expert en informatique médicale, le Dr André Simard estime que Google est en voie de devenir un outil incontournable pour les médecins « parce qu’il donne accès à suffisamment de renseignements pertinents pour aider à poser un diagnostic ».
Selon lui, l’avantage de Google et d’autres sources offertes sur Internet est la mise en réseau de l’information et son accessibilité en temps réel. « Il y a 15 ou 20 ans, on s’appuyait sur des banques de données qui exigeaient des mises à jour régulières », dit-il.

Et que dire du taux de réussite de 58 % de Google? « En médecine, une marge d’erreur de 42 %, c’est catastrophique! Mais ce que Google a de particulier, c’est qu’il parvient à donner de bonnes pistes même pour des maladies rares », affirme le Dr Simard.
Selon lui, il appartiendra toujours au médecin de poser le diagnostic. « On n’en est qu’aux premiers balbutiements de l’utilisation d’Internet par les médecins, mais ce sera toujours à eux de mesurer le poids relatif des réponses qu’ils obtiennent, que ce soit à l’aide de Google ou de toute autre source », indique-t-il.

Et les patients?
Par ailleurs, le recours à Google par les patients revêt, lui aussi, un bon côté. « Les gens informés sont en meilleure situation pour prendre une décision et ils s’engagent plus à fond dans les traitements », soutient le Dr André Simard.
Mais, d’après lui, la prudence est de mise : « Sur Internet, on retrouve aussi des données incomplètes ou des renseignements dont les sources ne sont pas fiables qui risquent de nuire au diagnostic ou aux solutions que proposera le médecin. »

1. Tang H, Ng JH, Googling for a diagnosis--use of Google as a diagnostic aid: internet based study, British Medical Journal, 2 décembre 2006, Vol. 333, No 7579, 1143-5.

«Une ou deux fois par semaine, j'ai des patients qui me parlent de leur recherche sur Internet, constate le Dr Patrick Sichère, rhumatologue à Paris. Le plus souvent, ce sont des cas de fibromyalgie ou de polyarthrite, des maladies douloureuses. Cela ne me gêne pas du tout. J'en profite pour donner la bonne information, car ce qu'ils ont trouvé n'est souvent pas adapté à leur cas, et dédramatiser. Ils seront de plus en plus nombreux, c'est dans la logique de la vulgarisation d'Internet.»«C'est de plus en plus fréquent», convient aussi le Dr Marcel Garrigou-Grandchamp, généraliste à Lyon, qui ajoute : «Heureusement, ils ne sont pas encore très bien formés!Quelquefois, ils se laissent abuser par l'info trouvée. Alors, je me connecte avec eux sur le site concerné et je leur apprends à déjouer le site uniquement commercial. Je leur en conseille certains.Il y a souvent un gouffre entre ce que l'on pense que les patients ont compris et ce qu'ils ont réellement assimilé. Internet peut jouer les répétiteurs.»

Le Dr Didier Mennecier, hépato-gastro-entérologue à l'hôpital Begin (Saint-Mandé) et maître Toile du site hepatoweb, va plus loin. «Je me sers d'Internet comme aide à la consultation. Je fais de la consultation pédagogique et je prends le temps. Je les incite à m'avouer qu'ils sont allés consulter Dr Google. Dans 95% des cas, ils ont surfé et, si c'est une personne âgée, c'est son entourage. Je les interroge sur les informations recueillies. Ce qui m'aide à repérer leur capacité d'analyse, et je leurs remets des documents papier. Deux semaines plus tard, ils reviennent avec des questions précises.»

Voir également

Are Google Results Hazardous To Your Health?



First thing's first: I'm suspicious of the pharmaceutical industry in general. A lot of people are, but as a journalist, suspicion is part of the job. Also, I have the researcher's tendency toward cyberchondriasis, so take my non-medical expertise for what it's worth. [Lien]

Au total, avoir un patient bien informé plutôt qu'un patient passif permet au médecin de discuter et d'obtenir une meilleure observance des traitements.

Il n'empêche que cela demande au médecin de se remettre en cause. Un cardiologue qui tient un blog sous le pseudonyme de Lawrence Passmore cite le cas d'un banquier qui, après un infarctus, a acquis un niveau d'interne en cardiologie. «Il me demandait des examens particuliers et il fallait que j'argumente. Au début, j'ai trouvé ça très dur et nos relations étaient tendues. Maintenant, chaque fois qu'il vient me voir, je recherche la veille s'il n'y a pas eu de nouvelles recommandations et si nous avons lu les mêmes articles.»

Pour une partie de la population et une certaine catégorie sociale, conclut Emily Renahy, au terme de l'enquête WHIST (enquête Web sur les habitudes de recherche d'informations liées à la santé) menée dans le cadre de l'INSERM et à laquelle ont répondu 3 884 personnes, Internet commence à faire partie de la consultation dans une relation triangulaire. Les médecins n'ont pas le choix et vont devoir s'y faire.

Déficit de communication.
«Si les patients vont sur Internet, c'est que les médecins ne communiquent pas assez», convient le Dr Benoît Lefrancq**, généraliste à Lille. C'est ce qu'expriment majoritairement les participants de l'étude WHIST. Dans 69,4 % des cas, les internautes santé surfent sur le Web «pour mieux comprendre les informations données par les médecins» et, à 62,6 %, «pour trouver d'autres informations que celles données par le médecin». Moins fréquemment pour confirmer les informations données (39,6 %) ou recevoir un second avis médical (25,6 %). L'automédication reste un phénomène marginal. Et 84 % pensent que cela n'a d'ailleurs rien changé à la fréquence des consultations médicales et a même conduit les malades chroniques à aller consulter plus souvent !

Consultation Internet.
«Internet reste pour les patients un outil un peu magique où l'on trouve tout, y compris ce qu'on ne veut pas savoir», souligne Anne Festa**, actuellement en poste à l'INCa (Institut du cancer), après avoir été responsable de l'espace de rencontre et de formation de l'institut Gustave-Roussy.
«L'outil est très apprécié par la liberté qu'il apporte, mais l'information arrive brute, avec parfois des statistiques qui font mal. Ils expriment le besoin d'être accompagnés par leurs médecins.» D'autant plus qu'ils ne vérifient pas les sources (40 % seulement, selon l'enquête WHIST).

Le médecin est donc invité par la HAS à jouer le rôle d'«infomédiaire»
«En discutant avec vos patients de l'information qu'ils ont trouvée sur Internet, vous pourrez vérifier la qualité et l'adapter à leur cas particulier (...) Vous pouvez leur conseiller des sites de qualité concernant leur pathologie.»

Recommander un site connu peut, dans certains cas, faire gagner du temps au médecin. Lorsqu'il s'agit, par exemple, de fournir des explications sur une opération ou un examen à subir. Des cliniques l'ont très bien compris, ainsi que les médecins qui ont ouvert leur propre site.

En revanche, pour l'omnipraticien, même avec la meilleure volonté, la mission va se heurter à la réalité de la pratique. «J'essaye d'avoir un site à recommander par discipline, explique le Dr Lefrancq**, et en fonction de ce que les patients veulent, mais la demande n'est pas unitaire. Tous les patients ne souffrent pas de la même maladie de la même façon. Il faut donc adapter à chaque fois. La tâche peut se révéler difficile, surtout avec le paiement à l'acte. Le médecin ne peut pas passer vingt minutes à donner des explications à son patient, même si c'est son souhait.»

«Si un médecin de ville commence à recommander des sites, il n'a plus qu'à fermer son cabinet», confirme le Dr Dominique Dupagne, généraliste parisien. Il faudrait pouvoir facturer cet échange pour espérer une alliance efficace entre Internet et la thérapeutique. «La HAS pourrait faire remonter la volonté des médecins de terrain de mieux informer leurs patients», suggère le Dr Lefrancq**.
A quand le remboursement de la consultation Internet ?

> MARIE-FRANÇOISE DE PANGE
* « Le Quotidien du Médecin » a créé, le premier, la rubrique « Vos malades ont lu » afin de tenir le praticien au courant de l'information santé parue dans la presse grand public.
** Intervenant le 17 décembre aux rencontres 2007 de la HAS lors de la session «Quelle stratégie pour promouvoir la qualité de l'information en santé ? L'exemple des sites santé »

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Qu'en disent les enquêtes ?

Le service qualité de l'information médicale de la HAS a passé en revue (mai 2007) la littérature consacrée au patient internaute, soit une cinquantaine d'études essentiellement anglo-saxonnes (trop récente, l'enquête WHIST n'est pas concernée).

Conclusions générales :
  • les médecins discutent des informations trouvées sur Internet avec leurs patients si ceux-ci leur en parlent (ils seraient entre 16 et 62 % selon les enquêtes...). Moins de 20 % des médecins souhaitent l'ignorer.
  • 75 % des internautes font confiance aux informations trouvées. Alors que l'information santé diffusée via Internet est jugée par les médecins comme partiellement exacte et pertinente. Voire dangereuse dès lors que l'on interroge des cancérologues.
  • Plus de 50 % des médecins pensent que le patient va sur Internet pour mieux connaître sa maladie et son pronostic, trouver des traitements nouveaux ou des alternatives thérapeutiques. Vingt pour cent seulement évoquent un défaut d'information de la part des médecins.
  • Les médecins perçoivent la croissance de l'information santé sur Internet (aux Etats-Unis, son utilisation concerne de 33 à 53,5 % des patients, contre 20 % en Europe) et jugent en majorité qu'elle n'entame pas la relation de confiance ni ne modifie la qualité des soins délivrés. Mais la discussion augmente le temps de consultation.
  • Les patients internautes veulent avoir l'avis du médecin sur l'information trouvée. Ils pensent que leur recherche leur permet de mieux comprendre la maladie et son traitement. Moins de 20 % des patients estiment que le médecin peut se sentir concurrencé et moins de 10 % a été amené à changer de médecin à la suite d'une consultation d'Internet ou se sert du Web pour éviter d'aller voir le médecin.
Le nouveau savoir des patients

«Les internautes cherchent aussi des réponses auprès des personnes ayant vécu la même situation qu'eux», souligne le Dr Nicolas Evrard, responsable du site santé AZ, du groupe auféminin.com. D'où le succès des forums : 2 673 000 messages sur les forums santé d'auféminin.com. Plus de 85 millions de messages sur la centaine de forums du site grand public Doctissimo, leader incontesté en la matière.

Forums qui suscitent la méfiance des médecins. «C'est très bien pour se remonter le moral, mais il ne faut pas que le forum se substitue au médecin, estime le Dr Mennecier. Je les déconseille et je suggère plutôt d'adhérer à une association de patients qui organise des réunions.» Lui-même modérateur des forums ouverts sur son site d'Atoute.org (1,5 million de messages), le Dr Dominique Dupagne entrevoit, quant à lui, dans ce phénomène une prochaine révolution.

«La discussion entre patients sur les forums crée une autre forme de connaissance, différente de celles des médecins, une connaissance interpersonnelle à la fois intime et partagée de la maladie. Une connaissance qui, ajoutée à l'accumulation d'informations venues des experts ou des spécialistes, peut dépasser celle des experts. C'est le phénomène de la sagesse des foules qui converge globalement vers un avis très bon. La moyenne de l'expression des foules est supérieure au seul avis de l'expert.»

Lorsque le médecin se trouvera confronté à cette frange du public qui aura acquis cette nouvelle connaissance, ce sera pour lui un nouveau défi, prévient le Dr Dupagne, qui annonce la naissance d'une « médecine 2.0 », ayant ses racines dans les communautés Internet.
A suivre.

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