UNION REGIONALE DES MEDECINS LIBERAUX DE LA REUNION
Séminaire de Tabacologie
24 mars 2001 à Saint-Gilles

LES MESSAGES ESSENTIELS :

- La nicotine est une drogue au même titre que la cocaïne, l’héroïne ou l’amphétamine.
Elle agit, comme elles, sur le système de récompense cérébral (noyau accumbens, neurones dopaminergiques) commun à toutes les drogues. Elle stimule la plupart des fonctions cognitives, attention, apprentissage, mémoire…Ses effets affectifs et cognitifs (renforcement positif) sont à la base de la dépendance psychologique. La tolérance, accompagnant la plupart des dépendances, se définit par la nécessité d’augmenter les doses pour obtenir les effets identiques (de 1cig… à 20-30/jour).Toute interruption d’apport fait apparaître des symptômes de sevrage qui disparaissent dès la reprise du tabac. Ce renforcement négatif est à la base de la dépendance physique ou pharmacologique.

Le conseil minimal : à délivrer systématiquement chez tout fumeur : _
« Avez-vous déjà essayé d’arrêter ? » ou « Voulez-vous essayer d’arrêter ? »
Le médecin traitant est l’interlocuteur privilégié pour vous aider dans la prise de décision et dans la démarche vers un sevrage (entretiens de motivation), pendant et après celui-ci.
- Le stade de maturation vers le sevrage : savoir laisser mûrir et différer. Il n’y jamais d’urgence extrême. Intérêt de la mise en avant des bénéfices à l’arrêt du tabac pour les plus hésitants. Fixer une date d’arrêt pour les plus motivés.

- Les co-morbidités pouvant interférer avec le sevrage : alcoolisme et psychopathologies : intérêt ++ de prendre en compte et de traiter une pathologie de type dépression-anxiété pré-existante ou sous-jacente masquée.

-Les dépendances au tabac : pharmacologique (test de Fagerström) et psychocomportementale (test de Horn). Le score obtenu aux tests détermine la stratégie thérapeutique. Un Fagerström inférieur à 4 signifie peu de dépendance pharmacologique.

- Le traitement substitutif par la nicotine en timbres et en gommes : il s’agit actuellement de la seule méthode validée scientifiquement. Il multiplie par 2 à 2,5 les chances de succès. Sujet largement abordé, indications (Fagerström >5, patch sur 24H si très forte dépendance), contre-indications (la C.I chez la femme enceinte a été levée mais utiliser dans ce cas les patchs sur 16H), effets secondaires (rêves, cauchemars surtout si patch sur 24H), sous-dosages, plus fréquents que sur-dosages. Durée du traitement optimale : 3 mois. La tendance actuelle est à la combinaison timbre + gommes afin de mieux gérer les envies impérieuses de fumer.

- Les autres traitements médicamenteux : psychotropes : un antidépresseur est en attente de mise sur le marché en France , le Bupropion qui, couplé au traitement substitutif , double les chances de succès ( 50%) versus la substitution seule (25%).

- Le traitement cognitivo-comportemental : essentiel++ : les chances de succès sont de loin améliorées si on couple substitut + aide psychologique. C’est la connaissance de son tabagisme, les circonstances déclenchantes, les situations favorisantes, la gestion des envies de fumer, le changement des habitudes, la prévention des rechutes, la conduite à tenir en cas de faux pas, etc…

- Les thérapies douces : mésothérapie, acupuncture, homéopathie, hypnose…Aucune validation scientifique. Il est difficile de faire la part de l’empathie de la méthode elle- même. Carton rouge pour toute les « officines » qui « garantissent » leurs résultats.

- La prise de poids, frein au sevrage invoqué surtout chez la femme, s’élève environ à 3-4 Kg. Elle peut être maitrisée par des règles hygiéno-diétetiques simples, une reprise des activités sportives, mais également par la substitution nicotinique. De toutes façons, rien ne peut venir s’opposer aux bénéfices à l’arrêt du tabac. Le seul risque du sevrage serait la méconnaissance d’un profil psychologique à risque et l’apparition d’un rebond anxio-dépressif majeur.

- L’implication du médecin traitant : indispensable dans la préparation du plan de sevrage et dans le suivi. Avantage pour médecin traitant : la connaissance préalable du profil psychologique du candidat au sevrage.
Le suivi minimum : J0 J5 S3 S6 S9 M3 + écoute et conseils téléphoniques.

- Les bénéfices à l’arrêt : Il n’y a pas meilleur rapport qualité prix en thérapeutique :. réduction de 50% des risques d’ infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral en 1 à 2 ans, moins flagrante pour le cancer bronchique, mais il y a toujours intérêt à arrêter de fumer, quel que soit l’âge.



Dr Alain BESNARD

Pour en savoir plus :
  • Stop-Tabac Université de Genève - Institut de médecine sociale et préventive
  • Nicopatch.com Site d'aide au sevrage tabagique par Nicopatch® des Laboratoires Pierre Fabre Santé.
  • Tabac-info.net informations destinées aux fumeurs, aux droits des non-fumeurs, aux professionnels de la santé et de l'éducation, aux jeunes ainsi que des renseignements pratiques ; la rubrique thèmes approfondit différents sujets comme les populations à risque, les effets de la fumée sur la santé, la législation, la recherche, l'industrie du tabac ; rubrique d'actualités ; moteur de recherche ; sélection de liens
  • Stoptabac.com . Le site propose d'établir son profil de fumeur pour déterminer un diagnostic et des recommandations personnalisés, un forum, et un véritable programme d'accompagnement en ligne qui dure 12 semaines.
  • Avertissement:
    Les recommandations du présent document ne constituent pas une démarche de diagnostic ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. L'avis d'un médecin qualifié reste la seule démarche logique.
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