UNION REGIONALE DES MEDECINS LIBERAUX DE LA REUNION
Fatigue, le mal du siècle

Qu'il soit d'origine psychique ou physique, l'état de fatigue touche 1 Français sur 2 et reste donc un motif fréquent de consultation.
Pour le médecin, la hantise demeure " la fatigue, premier symptome d'une pathologie cachée et potentiellement grave"

«La seule différence entre une fatigue banale et une autre, c'est que le repos n'améliore rien. Quant à dresser une liste des explications possibles, n'y comptez pas: cela va de la petite insuffisance rénale au cancer multimétastasé», a souligné le Pr San Marco, qui a créé un centre spécialisé à l'hôpital de Marseille. Car tout, absolument tout peut engendrer de la fatigue, jusqu'à la prise de certains médicaments (hypotenseurs, hypoglycémiants, bêtabloquants...)

Selon un sondage Ipsos-Servier réalisé en 2000 auprès de 1 019 personnes. Plus précisément, 47% d'entre eux ont éprouvé, au cours des douze derniers mois, au moins un épisode de faiblesse prolongé (une semaine ou plus). Et plusieurs épisodes dans 1 cas sur 4.

Pour le Pr Jean-Louis Dupont, chef de service à l'hôpital de Besançon (Doubs) «Il corrobore ce que nous constatons tous les jours: environ 40% de notre clientèle se plaint de fatigue récurrente. Dans 20% des cas, cette fatigue est même invalidante, avec un retentissement majeur sur la qualité de vie.

Courbatures, sommeil non réparateur, manque de dynamisme ou troubles de l'humeur: la liste des manifestations physiques liées à la fatigue est effectivement fort longue. Complication supplémentaire: pour un même symptôme, «la perception de la fatigue est radicalement différente selon les individus»

Il existe pourtant une question préalable, un critère essentiel: s'agit-il d'une fatigue discontinue, avec des variations d'intensité au cours de la journée? Si c'est le cas, si cette fatigue est améliorée par le repos, il faut chercher du côté du sommeil - jugé insuffisant, sur le plan qualitatif ou quantitatif, par près de 70% des Français voire "Syndrome d'apnée du sommeil".

Quelques règles simples permettent pourtant de limiter, voire de supprimer ces troubles: ritualiser le coucher - exactement comme on le fait pour des enfants - éviter les excitants le soir (et tout ce qui contient de la caféine cachée, les sodas notamment), ou les repas copieux et alcoolisés. Autant de conseils de bon sens... entendus et vite oubliés. Pourtant, notre société actuelle a beau survaloriser les petits dormeurs, il n'existe pas de «durée idéale de repos, note Alain Reinberg, chronobiologiste à la fondation Rothschild de Paris: chacun a ses besoins physiologiques propres». Vouloir à tout prix réduire cette donnée individuelle ne peut que se traduire par une dette de sommeil que l'on met des semaines, parfois des mois à combler.

S'instaure alors souvent un cercle vicieux difficile à casser: un sommeil de mauvaise qualité provoque un abattement qui amplifie durant la journée le stress au travail, stress qui va lui-même détériorer le repos. Le fatigué est, par avance, mécontent de la mauvaise nuit qui l'attend, et pas davantage satisfait de la mauvaise journée qu'il a passée. La boucle est bouclée...

«Un surmené n'est pas nécessairement un déprimé» mais les quatre critères d'une dépression( une tristesse accompagnée d'un sentiment de rupture avec un «avant», des idées noires ou négatives, un ralentissement psychomoteur et un cortège de manifestations physiques (troubles de l'appétit, baisse de la libido, sensation d'épuisement...) peuvent apparaitre. En effet le risque est de s'installer progressivement dans le triptyque surmenage, hyperactivité, anxiété car alors la dépression peut survenir.

Les antidépresseurs récents parfois, à faible dose, une action intéressante sur l'asthénie. Mais ils ne constituent pas une panacée: ils mettent un certain temps avant d'agir et doivent être ajustés au cas par cas. Ils peuvent entraîner des effets secondaires. Surtout, quelle que soit la pathologie, ils ne dépassent pas 70% d'efficacité. Pourquoi? Tout simplement parce que, parfois, les médecins prennent le problème à l'envers. Ce n'est pas la dépression qui fatigue, c'est le contraire! Chez ces patients, en effet, la fatigue a une cause organique - qui n'a pas été correctement identifiée - et les symptômes dépressifs en sont une conséquence.

Reste, alors, à en déterminer l'origine. Ce n'est pas si facile: «La seule différence entre une fatigue banale et celle de nos patients, c'est que, chez eux, le repos n'améliore rien. Quant à dresser une liste des explications possibles, n'y comptez pas: cela va de la petite insuffisance rénale au cancer multimétastasé», lance le Pr San Marco, qui a créé un centre spécialisé à l'hôpital de Marseille. Car tout, absolument tout peut engendrer de la fatigue, jusqu'à la prise de certains médicaments (hypotenseurs, hypoglycémiants, bêtabloquants...) qui imposent un rééquilibrage des posologies ou même un changement de traitement.

Le plus souvent, cependant, la prise en compte des signes associés suffit à poser un diagnostic. Une toux persistante? Ce peut être une infection virale mal soignée, voire une tuberculose. Une baisse de forme chez un sportif entraîné? Sans doute une carence en fer ou en magnésium, note le Dr Alain Gérard, généraliste dans le Nord, qui ajoute que «chez les gymnastes ou les adeptes des régimes, ce que j'appelle le "principe d'Archimaigre" diminue la capacité à l'effort». Une frilosité, des cheveux cassants? Gérard Dine cite le cas de ce patient de 60 ans, «un beau gaillard de la campagne», envoyé par son cardiologue pour une fatigue persistante de plus de six mois, chez qui il ne trouve rien. Pas de pathologie aiguë ou chronique, pas non plus de myélodysplasie (maladie de la moelle osseuse), suspectée en raison de son âge. Rien, hormis «une prise de poids et un comportement curieux, avec des sautes d'humeur incompréhensibles». En l'occurrence, il s'agissait d'une hypothyroïdie, qui avait évolué brutalement en quelques mois. Opéré peu après, il lui faudra tout de même deux ans pour se remettre de son épuisement.

L'épuisement: un état que connaissent la quasi-totalité des malades du cancer, souvent aggravé par les traitements. Les rayons abîment en effet la moelle osseuse et diminuent la production de globules rouges. La chimiothérapie induit nausées et vomissements, qui entraînent, à leur tour, des problèmes digestifs et alimentaires. Sans parler des troubles psychologiques liés à l'annonce de la maladie. Résultat: «Le patient va éviter tout effort, se replier sur lui-même. Avec le sentiment que c'est comme un deuxième cancer qu'il porte en lui, et qui le ronge», explique le Pr David Khayat, chef de service d'oncologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Des traitements existent, pourtant. Même si elle doit être répétée tous les mois, la transfusion sanguine donne de bons résultats contre l'anémie. Quant à l'érythropoïétine (EPO), elle restaure les capacités musculaires et augmente le taux d'hémoglobine. Mais elle a un coût. Si élevé (plusieurs dizaines de milliers de francs par patient et par mois) que seuls 15% des malades qui en auraient besoin en bénéficient effectivement.

Enfin, le cas plus particulier du Syndrome de fatigue chronique
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