![]()
Le Port, le 30 avril 2008
Chère consœur, cher confrère,
Dans le cadre de son projet DDI (DéDésInformations), la section généraliste de l’URML, mène une campagne d’information sur le dépistage du cancer de la prostate par le dosage du taux de PSA ; officiellement la France ne le préconise pas en dépistage généralisé et pourtant de nombreux médias incitent à le faire, ce qui met dans l’embarras bon nombre de médecins.
Ci joint, des extraits d’un article paru dans la Revue Prescrire (N° 269 février 2006) et signé du collectif Formindep.
« Dépister le cancer de la prostate?
L'information médicale doit reposer sur des connaissances scientifiques fiables, solides, établies sur un "niveau de preuves" suffisant. Délivrer une information loyale, proposer des dépistages ou des traitements basés sur des connaissances scientifiques prouvées, sont des règles déontologiques fondamentales pour réduire les risques liés à toute intervention médicale, y compris de prévention. Un dépistage, fut-il d'un cancer, n'est pas obligatoirement bénéfique en lui-même. Il peut être inapproprié, conduire à des traitements inutiles ou dangereux, sans améliorer la qualité ou la durée de vie.
Le collectif Formindep constate que la campagne actuelle prônant le dépistage individuel systématique du cancer de la prostate chez les hommes à partir de 50 ans, orchestrée par l'Association française d'urologie, ne respecte pas ces principes scientifiques et éthiques. Ni l'épidémiologie de cette affection, ni son évolution naturelle, ni les outils de dépistage proposés (toucher rectal et dosage sanguin des antigènes spécifiques prostatiques (PSA)), ni l'efficacité des traitements sur la mortalité de ce cancer ne permettent de recommander à ce jour son dépistage systématique. Pire: des arguments scientifiques forts et concordants poussent à le déconseiller.
En septembre 2004, la Haute autorité de santé dans un dossier concernant le dépistage individuel du cancer de la prostate conclut : "Le bénéfice en termes de réduction de mortalité globale d'un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage du PSA sérique total n'est pas démontré " ;
- en 2000, le Comité consultatif pour la prévention du cancer dans l'Union européenne déclarait que «le dépistage du cancer de la prostate n'est pas recommandé en tant qu'action de santé» ;
- en novembre 2004, l'Organisation mondiale de la santé et les recommandations des autorités sanitaires de plusieurs pays aboutissent aux mêmes conclusions.»
- La HAS (Haute Autorité de Santé) en 2004 : « le bénéfice en terme de réduction de mortalité globale d’un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage du PSA sérique total n’est pas démontré. Les résultats des études portant sur le dépistage systématique ne permettent pas de conclure sur l’opportunité d’un dépistage individuel » « lorsqu’une démarche est envisagée, la décision doit être partagée ; la décision doit être éclairée par une information claire objective et hiérarchisée, non seulement sur les bénéfices potentiels escomptés mais également les risques…). Il est utile qu’une information écrite soit communiquée au patient afin de l’aider dans sa réflexion ».
- Le bénéfice en termes de réduction de mortalité globale d'un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage du PSA sérique total n'est pas démontré ; étant donné l’existence d’un risque important d’effets indésirables associés au traitement ainsi que la faible valeur prédictive des tests de dépistage, le Groupe d’Etude Canadien recommande d’exclure le dosage des PSA de l’examen médical périodique.
Des encarts vont être diffusés prochainement dans la presse écrite [Voir], invitant les patients à se responsabiliser et à s’informer auprès de leur médecin traitant quant à la nécessité d’un tel dépistage de manière systématique.
En prévision d’un certain nombre de questions qu’ils risquent de vous poser, voilà quelques documents afin de vous aider à construire avec votre patient, une décision partagée et en toute connaissance de cause.
Pour vous faciliter le travail, rendez vous sur le site de l’URML :
http://www.urml-reunion.net, puis cliquez sur le logo
…et vous aurez ce courrier avec un certain nombre de lien vous permettant d’argumenter au mieux votre décision.
L’équipe de la DDI*
* les Drs Philippe de Chazournes (chef de projet), Patrice Humbert, Michel Derkasbarian, Patrick Bogo, Christian Bettoum, Shashi Bachun, Hugues Raybaud
Les recommandations de la Haute Autorité de santé
http://formindep.org/IMG/pdf/cancerprostate_has2004.pdf
Les recommandations canadiennes
http://formindep.org/IMG/pdf/cancerprostate_canada.pdf
Evaluation d’un dispositif de dépistage
http://formindep.org/IMG/pdf/eval_depistage_CNAM.pdf
Le dépistage du cancer de la prostate : une exception française ?
http://www.esculape.com/uronephro/20080107_cancer%20prostate%20CJPH.pdf
Dépistage du cancer : sur diagnostic et logiques institutionnelles
http://www.esculape.com/cqfd/cancer_surdiagnostic2.html
Dépister ou non le cancer de la prostate ?
http://www.esculape.com/cqfd/prostate_k_lemonde2007.html
L’AFU ne recommande plus le dépistage systématique du cancer de la prostate
http://www.esculape.com/cqfd/prostate_k_afu.html
[Retour à la page précédente]