UNION REGIONALE DES MEDECINS LIBERAUX DE LA REUNION
Grippe A(H1N1)
la commission d'enquête du Sénat.
PARIS, 14 mai 2010 (APM)
Un médecin de La Réunion évoque l'impossibilité psychologique
des décideurs à revenir en arrière

Un médecin généraliste de La Réunion a évoqué mercredi l'impossibilité psychologique des décideurs à revenir en arrière dans la gestion de la pandémie de grippe A(H1N1), devant la commission d'enquête du Sénat.

Contrairement aux autres personnes auditionnées avant lui, le Dr Philippe de Chazournes était attendu par quelques journalistes et caméras.

Il s'est présenté comme étant médecin généraliste depuis plus de 20 ans à La Réunion, secrétaire général de l'Union régionale des médecins libéraux (URML), correspondant de la Haute autorité de santé (HAS) avec une implication dans la recherche de terrain (président de l'association Méd'Océan, participation aux études Curachik et Chikarticulaire 36 sur le chikungunya).

"Je n'ai pas de lien avec l'industrie pharmaceutique de près ou de loin, je n'en ai jamais eu et j'espère ne jamais en avoir", a indiqué le médecin qui est arrivé avec une présentation, plusieurs rapports sous les bras et deux livres ("Les Médicamenteurs" de Stéphane Horel et "La Piqûre de trop" de Catherine Riva et Jean-Pierre Spinosa, avec en sous-titre "pourquoi vaccine-t-on les jeunes filles contre le cancer du col de l'utérus?").

Philippe de Chazournes a évoqué le voyage à La Réunion de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, fin août 2009, "au maximum du pic" de la pandémie de grippe A(H1N1), alors qu'on savait déjà que "cette grippe n'était pas grave", de par l'expérience à La Réunion mais aussi au Mexique, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

"Comment a-t-on pu se priver de l'expertise réunionnaise, trois mois avant que l'épidémie survienne en métropole et dont la chronologie a été un véritable copié/collé de ce qui s'était passé à La Réunion?", s'est interrogé le médecin.

"Tout était déjà décidé en haut lieu (...). C'est d'ailleurs ce que nous pressentions début juin [2009], tant l'impression donnée par les autorités sanitaires locales était qu'elles ne devaient et ne pouvaient que respecter scrupuleusement les circulaires ministérielles sans aucune marge de manoeuvre dans leurs décisions", a-t-il ajouté.

"C'est regrettable" car cela aurait évité notamment la fermeture d'écoles en métropole. Les écoles n'ont pas été fermées à La Réunion, note-t-on. "L'analyse des premiers faits et le bon sens auraient été de dire aux patients grippés de rester chez eux". "Etait-il raisonnable de vouloir vacciner tout le monde? De harceler les professionnels de santé, notamment les élèves infirmières à qui on a dit qu'on ne validerait pas leurs stages et examens si elles n'allaient pas dans les 'vaccinodromes' vacciner la population".

Le médecin a avancé plusieurs explications possibles à ce "délire collectif". Tout d'abord par la "'théorie de l'engagement' bien connue des psychologues où il n'est plus possible de reculer malgré des faits prouvant le contraire". Mais également par la "présence d'énormes conflits d'intérêts" chez les décideurs, leurs conseillers, les experts français et/ou les experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Interrogé par le rapporteur de la commission d'enquête, Alain Milon (UMP, Vaucluse) sur l'intérêt de la vaccination pour empêcher la pandémie, Philippe de Chazournes a mis d'abord en doute le fait qu'on était face à une pandémie mais a estimé que la vaccination était une bonne réponse à la pandémie, à condition qu'elle ait des critères de gravité suffisants.

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