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Chikungunya: l'impact sur la qualité de vie un an et demi
après l'infection semble modeste, selon une étude à La Réunion
11 septembre 2008 (APM)
L'impact sur la qualité de vie un an et demi après une infection à virus chikungunya semble modeste, malgré des manifestations douloureuses rapportées plusieurs mois après l'infection, selon une étude réalisée à La Réunion, touchée par une épidémie en 2005-06.
Ces résultats devaient être présentés jeudi à Paris au congrès international d'épidémiologie.
Man-Koumba Soumahoro, de l'unité Inserm U707 "épidémiologie, systèmes d'information et modélisation" à Paris, et ses collègues ont réalisé en 2007 une enquête cas-témoins sur près de 400 habitants de La Réunion, qui avaient pour moitié développé une infection à chikungunya.
Interrogés 17 mois en moyenne après leur infection, 56% des cas se sont déclarés guéris, selon le résumé écrit de la présentation des chercheurs.
Les cas rapportaient significativement plus souvent de manifestations cliniques actuelles, comme des arthralgies pour 53% d'entre eux, contre 28% des témoins, des myalgies pour 42% des patients, contre 23% des témoins, une asthénie pour 36% des patients, contre 16% des témoins.
Il n'y avait pas en revanche de différence significative pour les troubles du sommeil, les troubles digestifs et cutanés, la prise d'analgésiques, le nombre de consultations médicales et d'hospitalisations au cours des 12 derniers mois.
Plus les patients étaient âgés, plus il leur fallait de temps pour guérir.
Sur la dimension "santé physique", le score moyen SF12 était significativement meilleur chez les témoins (49,1) que chez les patients infectés (46,4).
"Malgré les manifestations douloureuses rapportées par les sujets plusieurs mois après l'infection, l'impact sur la qualité de vie semble modeste. Ces manifestations cliniques tardives ne semblent pas avoir d'influence sur la consommation de soins et la prise d'analgésique", concluent les auteurs.
AUTRES DONNES SUR LA PREVALENCE, LES FACTEURS D'INFECTION, LES DECES
D'autres études devaient également être présentées jeudi au congrès international d'épidémiologie sur l'infection à chikungunya à La Réunion.
L'une d'entre elles concerne l'évaluation entre mars 2005 et juin 2006 de l'impact de l'épidémie sur la mortalité. Il en est ressorti un excès de décès très probablement associé à l'infection durant les quatre premiers mois de 2006, indiquent Loïc Josseran, de l'InVS, et ses collègues, dans un résumé écrit de leur présentation.
Il y a eu ainsi 232 décès supplémentaires à partir des données de 13 communes représentant 87% des habitants de l'île et 267 en extrapolant à l'ensemble de l'île. Ces décès ont touché essentiellement les plus de 75 ans.
La hausse de la mortalité était de 7,1% en janvier 2006, de 34,4% en février 2006, de 25,2% en mars 2006 (cf dépêche APM VBJDS004) et de 10,1% en avril 2006.
Une autre étude a porté sur l'estimation de la prévalence de l'infection. Cette première épidémie à La Réunion "a laissé plus de 60% de la population non immune", soulignent le Dr Patrick Gérardin, du groupe hospitalier Sud Réunion (GHSR) à Saint-Pierre, et ses collègues, dans un résumé écrit de leur présentation.
Les chercheurs présentent les résultats d'enquêtes de séroprévalence à deux moments critiques de l'épidémie.
La première enquête (dite ciblée) a été réalisée au moment de la flambée épidémique (15 janvier 2006 au 15 février 2006) à partir de 888 sérums de femmes enceintes.
La seconde (dite classique) a été menée après l'épidémie (17 août 2006 au 20 octobre 2006) à partir d'un échantillon aléatoire de 2.442 personnes dans la population générale.
"L'étude de séroprévalence ciblée s'est avérée utile pour déterminer rapidement le taux d'attaque" et pour éliminer la possibilité d'une circulation antérieure du virus dans l'île, soulignent les auteurs.
Le taux trouvé de 18,2% (cf dépêche APM VBJC8001) était compatible à celui de 16,5% estimé par la cellule inter-régionale d'épidémiologie (Cire) à partir du recensement des cas cliniques. Son extrapolation a permis d'estimer que 143.000 personnes avaient été infectées jusqu'à cette période, le nombre de cas recensés par la Cire ayant été de 130.000.
L'enquête de séroprévalence classique en population générale "a montré que le recensement clinique avait sous-estimé l'ampleur de l'épidémie", ajoutent les chercheurs.
Le taux obtenu était de 38,2%. Son extrapolation conduit à 300.000 personnes ayant été réellement infectées (fourchette de 283.000 à 320.000), contre les 266.000 cas recensés par la Cire.
Cette enquête en population générale a également été associée à la recherche des facteurs associés à une sérologie positive vis-à-vis du chikungunya. Elle a mis en évidence des déterminants "avant tout environnementaux et socio-économiques", indiquent le Dr Gérardin et ses collègues.
Le risque d'infection était en effet significativement multiplié par 4,9 lorsque l'habitat était situé à moins de 500 mètres d'altitude, par 2,9 en maison individuelle avec jardin et par 2,7 lorsque les voisins avaient été touchés.
Il était accru de 90% en cas d'absence d'étude ou d'activité professionnelle en cours, de 60% en cas d'obésité (de 30% en cas de surpoids) et de 60% en cas de mauvaise connaissance sur la transmission du chikungunya, cette dernière variable n'étant cependant plus significative après ajustement sur les autres cofacteurs.
"Ces données sont sans doute à considérer pour la prévention de la transmission du chikungunya et le contrôle des futures épidémies", concluent les auteurs.Retour à la page précédente