Version 1, état des connaissances : février 2006.

Document réservé aux professionnels de santé

Repères pour votre pratique

 

L’épidémie de chikungunya : Conduites à tenir

L’objet de ce document est d’informer les professionnels de santé sur les conduites à tenir face aux différents aspects de la maladie du chikungunya. C’est un document provisoire qui sera actualisé au vu de la contribution de différents experts consultés au plan national et des centres de lutte contre la douleur. Il sera alors envoyé à chaque professionnel de santé sous forme papier.

I- Qu’est ce que le chikungunya ?

 

Agent
Le virus chikungunya est un arbovirus (alphavirus de la famille des Togaviridae) ; c’est un virus à ARN thermosensible. Il a été isolé pour la première fois en Tanzanie et en 0uganda en 1953. Le nom de cette zoonose dérive de l’attitude du malade : en Swahili, chikungunya signifie en effet : « marcher courbé ».

Réservoir
Il est principalement représenté par les singes. D’autres espèces peuvent être infectées, notamment l’homme.

Mode de contamination
En zones urbaines, (où sont décrites la majorité des épidémies), la maladie se transmet d’homme à homme par l’intermédiaire de moustiques du genre Aedes notamment (Aedes aegypti, albopictus, polynesiensis). Pour l’épidémie apparue à la Réunion, le moustique suspecté d’être le vecteur est Aedes albopictus. C’est un vecteur diurne avec un pic d’activité en début et en fin de journée. En milieu naturel, la maladie passe du singe au singe par le biais des moustiques Aedes furcifer et africanus.

Epidémiologie
Cette pathologie se répartit en Afrique, en Asie du sud-est et dans le sous-continent indien. En Afrique, des cas cliniques ont été décrits de 1957 à 1974 au Transvaal, en Ouganda, au Congo, au Nigeria, au Ghana, en Rhodésie du sud. Les enquêtes sérologiques ont également permis de mettre ce virus en évidence au Sénégal, au Burkina Fasso, en République centrafricaine, au Cameroun, en Guinée portugaise. Enfin, il a été répertorié en Asie, notamment aux Philippines, en Malaisie, au Cambodge, au sud de l’Inde et au Pakistan.
En 2005, la maladie a d’abord touché les Comores, puis l’île Maurice et Mayotte, et enfin la Réunion, atteignant ainsi pour la première fois le territoire français.

 

Clinique
Après une incubation de 4 à 7 jours en moyenne (mais qui peut être comprise entre 1 et 12 jours) , apparaît brutalement une fièvre élevée accompagnée d’arthralgies qui peuvent être intenses touchant principalement les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges). Surviennent également des myalgies (douleurs musculaires), des céphalées et une éruption maculopapuleuse. Des hémorragies bénignes à type de gingivorragies sont aussi possibles, surtout chez les enfants. Enfin, les infections asymptomatiques sont fréquentes et l’immunité acquise paraît durable.
L’évolution clinique est variable. Elle peut être rapidement favorable, le malade répondant bien au traitement symptomatique, mais la maladie peut aussi évoluer vers une phase chronique marquée par des arthralgies persistantes et incapacitantes. Pendant la convalescence qui peut durer plusieurs semaines, le malade est en proie à une asthénie importante. Aucun cas mortel de fièvre chikungunya n’a été rapporté dans la littérature.
Si la maladie est bénigne et très souvent inapparente, sur l'ensemble des cas signalés depuis mars 2005 à la Réunion, la possibilité d’atteinte méningoencéphalitique et de transmission materno-fœtale ont été signalées chez un petit nombre de patients. Une telle transmission n’avait jamais été rapportée dans la littérature. Ces observations ont pu être faites grâce à la qualité du système de surveillance et de soins existant à la Réunion.

 

 

 

 

Diagnostic
Le diagnostic clinique est rapidement évoqué dans un contexte épidémique et peut être confirmé par sérodiagnostic à partir de réactifs fournis par le Centre National de Référence des arboviroses : les IgM sont identifiées en moyenne à partir du cinquième jour après l’apparition des signes cliniques. Un diagnostic plus précoce peut aussi être obtenu par amplification génique (RT-PCR).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conduite diagnostique:

 

1) Population générale

                en zone épidémique

i) pas de sérologie CHIK systématique devant une symptomatologie clinique évocatrice ;

ii) sérologie CHIK et DEN en cas de doute diagnostique compte tenu de la possible co-circulation des 2 virus.

                en zone NON épidémique

i) sérologie CHIK systématique pour les "premiers cas suspects" (sans conditionner l'intervention de la LAV à résultat) puis idem zone épidémique.

 

2) Femmes enceintes

i) pas de sérologie CHIK chez les femmes asymptomatiques ;

ii) sérologie CHIK chez les femmes symptomatiques sans autre cause infectieuse évidente (ou habitant dans une zone de circulation active du virus) ;

iii) PCR chez les femmes présentant un CHIK aigu au cours du dernier mois de grossesse.

 

2) Formes hospitalisées

i) PCR et/ou sérologie CHIK pour les formes graves (mettant en jeu le pronostic vital) ou pour les formes "émergentes", i.e. présentant un symptomatologie clinique non encore décrite dans la littérature internationale.

 

 

 

Traitement
Uniquement symptomatique (anti-inflammatoires non stéroïdiens, antalgiques non salicylés, cf. ci-après).

 

Prévention
Au niveau individuel, la prévention passe préférentiellement par l’utilisation de moyens de protection physiques (vêtements, moustiquaires…). L’utilisation de répulsifs est recommandée avec des précautions à respecter chez la femme enceinte et l’enfant de moins de 12 ans (dans ce cas, il est indispensable de prendre conseil auprès d’un médecin ou d’un pharmacien). Chez le nouveau-né de moins de trois mois, il est recommandé de n’utiliser aucun produit répulsif et de privilégier l’emploi de moustiquaires imprégnées. L’imprégnation des vêtements par spray antimoustique peut être très utile. Ces mesures de prévention doivent s’appliquer aussi pour les personnes malades en période virémique (7 jours après le début des signes), afin qu’elles ne participent pas à la propagation de l’épidémie.
Au niveau communautaire, des actions de lutte contre le vecteur diurne et urbain doivent être mises en œuvre - réduction du nombre de gîtes larvaires par suppression de toutes les réserves d'eau stagnante dans et à proximité des maisons et, lorsque cette suppression n’est pas possible, par application de traitements larvicides.
- en zone infectée, lutte contre le vecteur adulte grâce à l’épandage aérien d’insecticide.

 

 

La REUNION a élaboré et rendu public un plan global de lutte contre le chikungunya fondé sur l’état actuel des connaissances scientifiques

Il a pour objet :

-          De lutter contre le moustique vecteur ;

-          D’informer la population et les professionnels ;

-          D’assurer la prise en charge sanitaire et médicosociale des malades et personnes vulnérables ;

-          De renforcer la surveillance et la recherche ;

-          D’élargir les programmes de coopération régionale sur les maladies émergeantes.

II- Quel rôle pour les professionnels de santé ?

Lors d'une épidémie de grande ampleur, les professionnels de santé doivent prendre en charge un grand nombre de malades en un temps court (vague épidémique de 20 000 cas par semaine). Certains d’entre eux (médecins sentinelles) participent en sus à la surveillance épidémiologique. Les médecins hospitaliers participent, outre à l’accueil et aux soins des patients, à la surveillance des formes graves et atypiques, à la formation continue et à la recherche.

·          Les professionnels de santé seront avertis de chaque évolution de l’épidémie et de ses conséquences sanitaires par les autorités sanitaires.

·         Les autorités sanitaires informent également les professionnels de santé de l’évolution des connaissances dans la prise en charge des patients, en particulier vulnérables, dans le domaine du soin et de la prévention.

III- Vous suspectez un cas de chikungunya. Que faire ?

-          En l’absence de traitement antiviral validé disponible, le traitement symptomatique est destiné à soulager les douleurs et la fièvre, à assurer un maintien des fonctions essentielles, à donner un traitement adapté à l’état clinique du patient, en particulier quand il prend d’autres thérapeutiques.

-          Certaines personnes sont particulièrement à risque et nécessitent une attention particulière et des conseils particuliers : les femmes enceintes, les nouveau-nés, les personnes immunodéprimées, les insuffisants rénaux, les sujets traités par anti-hypertenseurs inhibant le SRAA (éviter les AINS, recherche d’une déshydratation extracellulaire, une hypotension artérielle systémique, une tachycardie)  et les personnes âgées,

-          Le malade doit utiliser des répulsifs cutanés ou une moustiquaire imprégnée,  pour éviter de contribuer à répandre l’épidémie en cas de piqûre par un moustique,

-         Attention : toute fièvre n'est pas synonyme de chikungunya.

1- Le cas simple :

·         Prescrire le plus tôt possible le traitement symptomatique pour soulager la douleur et la fièvre ;  

·         Tenir compte des traitements déjà pris par le malade (y compris la phytothérapie) pour éviter les effets pharmacocinétiques indésirables ;

·         En cas de maintien à domicile, expliquer les précautions particulières d’hygiène à adopter, au patient et à son entourage ; 

·         Que surveiller chez le patient ? Etat cérébral : signes de méningite, ou d’encéphalopathie ; symptôme nouveau : voir fiche d’information des médicaments en cours =>appel médecin ;

·         Prendre ou faire prendre de ses nouvelles, surtout s’il vit seul et lui recommander, ainsi qu’à ses proches, d’appeler si son état ne s’améliore pas avec le traitement.


 

 

Mesures générales :

- Hydratation : utiliser les structures relais, mobiliser les SIAD.

- Alimentation adaptée aux goûts et aux difficultés à déglutir (aphtes).

- Soins de bouche (aphtes)

- Mobilisation / kinésithérapie

- Structures relais : familles, association, aides à domicile, intervention des services sociaux (aide ménagères, portage de repas), SIAD

- Réévaluation des traitements chroniques (diurétiques, hypoglycémiants, antihypertenseurs) : arrêt, poursuite, surveillance rapprochée ?

 

Précautions pour le patient : 

- Aucun médicament ne doit être pris sans conseil médical.

- Le risque thérapeutique est le développement d’une iatrogénie majeure (hépatite médicamenteuse, syndrome de Lyell, immuno-dépression induite …) dans un contexte où un facteur immunitaire semble important et défavorable.

Tenir compte des possibilités d’automédication ou d’abus de consommation et du recours incontrôlé à la phytothérapie.

 

Conseils pour le patient  suivi à domicile :

- Hydratation et mobilité ; renfort d’heures en aide ménagères, passages plus fréquents des infirmières

- Antalgie satisfaisante

- Complications propres à la maladie : forte fièvre, formes cutanée vésiculo-bulleuse ou extensive …

- Surveillance accrue des co-morbidités : insuffisance cardiaque, insuffisance coronaire, diabète, insuffisance rénale chronique …

- Surveillance de la tolérance et des effets iatrogènes liés aux thérapeutiques mises en route.

 

Repères thérapeutiques, les médicaments usuels :

 

Antalgiques de niveau 1 (non morphiniques)

- Paracétamol (Efferalgan, Doliprane….): peu d’effets indésirables, respecter les doses maximales recommandées, le risque d’hépatite impose la prudence en particulier en cas d’hépatopathie alcoolique préexistante ou de consommation excessive d’alcool.

- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (Ibuprofène…..) Les effets indésirables nombreux et variés imposant une extrême prudence dans ce contexte : Insuffisance rénale aiguë, hépatotoxicité ? Atteintes cutanées (immuno-allergiques, toxidermies …) ? Majoration du risque hémorragique (thrombopénie), hémorragie digestive ? Risque de sepsis grave. Tenir compte des contre-indications (grossesse, nourrisson...),

- Salicylés (Aspirine…) : mêmes remarques que pour les AINS.

 

 

Antalgiques de niveau 2 (morphiniques faibles)

- Pour les associations avec le paracétamol : cf. paracétamol.

- Codéine : en association au paracétamol, efficacité supérieure au paracétamol seul, avec ses effets secondaires opiacés propres (somnolence, vertiges, nausées, vomissements, constipation, assuétude).

- Dextropropoxyphène : l’efficacité de l’association au paracétamol se semble pas supérieure au paracétamol seul, avec en plus des effets secondaires liés aux propriétés opiacées et à des effets cardiaques directs du DPX.

- Tramadol : effets secondaires des opiacés.

- Nefopam : utilisable per os, tolérance médiocre.

 

Antalgiques de niveau 3 (morphiniques forts)

- Les effets dépresseurs des opiacés sur le fonctionnement des centres respiratoires ont une traduction clinique chez l’insuffisant respiratoire chronique ou en cas de surdosage.

A déconseiller chez le sujet présentant une hyperréactivité bronchique.

Plus grande sensibilité chez les personnes âgées.

- Effets indésirables : digestifs (nausées, vomissements, constipation), somnolence, confusion, histaminolibération, urinaires (rétention, dysurie) …

 

Corticothérapie

- Efficace sur les douleurs inflammatoires.

- Quelle est l’incidence d’une corticothérapie en phase virémique (7 premiers jours) ?

- Effet immunodépresseur surajouté à l’immunodépression supposée liée à l’infection par chikungunya ?

- Effet rebond à l’arrêt ?

- Décompensation de maladies préexistantes : diabète, insuffisance cardiaque …

 

Quand hospitaliser ?

- Doute diagnostic sur une autre pathologie infectieuse (autre arbovirose, leptospirose, infection des voies urinaires, paludisme …)

- Suspicion de formes compliquées

* Altération état général en lien avec la fièvre, la déshydratation, l’impotence fonctionnelle, le clinostatisme (« glissement »).

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* Formes exceptionnelles (méningo-encéphalite, hépatite, atteinte cutanée, myocardite).

* Décompensation d’une co-morbidité (cardiaque : insuffisance coronaire, insuffisance cardiaque, rénale, hépatique, diabétique …).

* Complications iatrogènes.

- Maintien à domicile impossible par absence de recours familial et malgré la mise en place ou le renfort d’aides à domicile.

 

2-               Le cas particulier des femmes enceintes et des nouveau-nés

¨       La transmission materno fœtale :

Ø       Elle est décrite, en péri partum,

Ø       Lors de la virémie (début des signes cliniques) l’organisme maternel produit des IgM à partir de J4-J5 (qui ne traversent pas la barrière placentaire) puis à partir de J15 des IgG passant chez le fœtus, et le protégeant,

Ø       Il semblerait que les nouveau-nés puissent être infectés, lorsqu’ils naissent pendant la virémie, c’est à dire pendant dans la semaine qui suit les premiers signes cliniques,

Ø       Il ne semble pas qu’une infection pendant la grossesse soit à l’origine de fausses couches ou de malformations (pas d’augmentation des cas depuis le début de l’épidémie), tout en sachant que toute fièvre (qui doit être combattue) est tératogène au 1er trimestre, et induit des contractions utérines aux 2ème et 3ème trimestres,

Ø       On ne sait pas si le virus passe dans le lait maternel (étude en cours).

 

Prise en charge pendant la grossesse :

 

¨       Prise en charge de la femme enceinte présentant des symptômes évocateurs :

Ø       Les formes cliniques sont très variables,

Ø       Le diagnostic repose sur un examen clinique qui permet

o        de retrouver les signes de la maladie

o        d ‘éliminer les principaux diagnostics différentiels (infection urinaire, pyélonéphrite, chorioamniotite, cholecystite, appendicite…)

o        La recherche de signes de gravité :

§         Hyperthermie supérieure à 39°

§         Troubles neurologiques

§         Hémorragie (gingivorragie, épistaxis, hématomes, purpura…)

§         Contractions utérines

§         Impossibilité de s’alimenter, altération de l’état général,

§         Altération de l’enregistrement du rythme cardiaque fœtal (ERCF) après 28 sa

 

¨       Clinique évocatrice + pas de signes de gravité (forme typique habituelle) :

Ø       Consultation en urgence à la maternité pour avis, des femmes qui sont au cours de leur 9ème mois

Ø       Confirmation sérologique par prélèvements à J0 et à J15 (pas d’intérêt diagnostique mais épidémiologique)

Ø       Prélèvements non spécifiques : bandelette urinaire, NFS, plaquettes, CRP, transaminases, ECBU, sérologies Dengues, CMV, Parvovirus B19, (Toxo, rubéole si négatif)

si température supérieure à 38.5° : ECBU + hémocultures avec recherche de listéria

Ø       ERCF par sage femme 2 à 3 fois par semaine si terme supérieur à 28 sa, pendant les 2 premières semaines,

Ø       Si fièvre supérieure à 38.5° antibiothérapie par amoxicilline 3g/jour à arrêter si les résultats biologiques sont en faveur d’une virose,

Ø       Pas de tocolyse,

Ø       Au niveau de la thérapeutique symptomatique :

Þ     Contre indication aux AINS IV, per os, et en application locale (risque insuffisance rénale fœtale, et de fermeture du canal artériel avec MFIU),

Þ     Contre indication acide salicylique,

Þ     Lutter contre l’automédication, et l’aromathérapie (rôle inducteur enzymatique hépatique),

Þ     Le paracétamol (antalgique, antipyrétique) est le médicament de choix à la dose maximale de 1g x 4 par jour, si son efficacité est insuffisante = hospitalisation (pas de prescription de corticoïdes, de morphiniques en ambulatoire), on peut utiliser le Tramadol entre le quatrième et le huitième mois de grossesse, habituellement des demi doses suffisent,

Þ     Veiller à une hydratation et alimentation suffisantes.

 

¨       Hospitalisation :

Þ     Si signe de gravité

Þ     Si sous Paracétamol, persistance de douleur nécessitant une prise en charge complémentaire

 

¨       Si clinique non évocatrice (bactérien, chirurgicale ?) :

Ø       Antibiothérapie par amoxicilline,

Ø       Si pas de nécessité d’hospitalisation, adapter la prise en charge en fonction des résultats récupérés rapidement (NFS, CRP, autres sérologies, leucocyturie…).

 

 

L’état des connaissances concernant le nouveau né :

 

Il existe 2 types d’infection néonatale (0 à 28 jours) : l’infestation par une piqûre de moustique, et la transmission materno-fœtale :

Pour la 1ère la prévention repose sur celle des piqûres (les répulsifs cutanés sont contre indiqués avant 3 mois, préconiser une moustiquaire si possible imprégnée d’insecticides pyréthrinoïdes (perméthrine, deltaméthrine), le DEET est contre indiqué).

Concernant la transmission materno-fœtale, les seuls cas observés se situent lorsque l’accouchement, qu’il soit par voie basse ou par césarienne, a lieu pendant la virémie. La symptomatologie clinique est trompeuse car peut être à révélation tardive J3-J5 et non spécifique au début (difficulté à téter, hypotonie) puis la maladie se révèle sous plusieurs tableaux (température variable parfois à 39-40° ; enfant douloureux ; œdèmes des extrémités ; éruption morbiliforme ; apnée ; troubles de la conscience ; convulsions ; CIVD ; choc…). L’intensité est variable, une forme asymptomatique a été décrite.

Une surveillance néonatale prolongée (1semaine) est mise en place lorsque la mère accouche dans un contexte évocateur, mais il existe des formes a ou pauci symptomatiques maternelle avec risque d’atteinte néonatale, absence de signes pendant l’hospitalisation et révélation de la symptomatologie à domicile vers J4-J5.

En cas d’allaitement maternel, nous préconisons pour l’instant le principe de précaution : pendant la période de virémie J0-J7, de tirer le lait et de le porter à ébullition (le virus est détruit) ou de le jeter transitoirement.

 

3-    Pour le nourrisson (après 28 jours et jusqu’à 2 ans) et l’enfant

 

Les formes classiques sont traitées comme chez l’adulte sans utilisation d’AINS chez les nourrissons de moins de 3 mois ou en cas d’éruption cutanée bulleuse. Les formes atypiques ou compliquées (enfant hyperalgique malgré un traitement antalgique, éruption bulleuse extensive, troubles hémodynamiques, déshydratation, intolérance alimentaire, convulsions, syndrome méningé) doivent être orientés aux urgences hospitalières.

 

IV- Les risques liés aux produits insecticides : Toxicité des produits utilisés et conduite à tenir en présence de cas suspectés ou avérés d’exposition à ces produits (Toxicovigilance – InVS : 14 février 2006)

 

Les éléments ci-dessous ont pour objectif d’informer les professionnels de santé sur les dangers liés à l’utilisation des insecticides à visée anti-vectorielle et de fournir des éléments pour la prise en charge de patients rapportant des effets ou présentant une symptomatologie suspectée d’être en relation avec une exposition à ces produits (hors intoxication massive accidentelle ou volontaire).

 

Les pyréthrinoïdes et le Bti sont utilisés depuis une vingtaine d’années dans la lutte antivectorielle. Lorsque les conditions normales d’utilisation sont respectées, la tolérance en population générale est bonne. Cependant des manifestations d’irritation cutanée, oculaire ou respiratoire, régressant spontanément peuvent être rapportées par certains sujets.

 

            Produits et conditions d’utilisation

 

La lutte antivectorielle associe pour des raisons d’efficacité un adulticide et un larvicide.

 

             Lutte adulticide

Des épandages de fénitrothion ont été effectués pendant plusieurs mois sur l’Ile de la Réunion. Cet insecticide organophosphoré vient d’être remplacé par des pyréthrinoïdes de synthèse, moins toxiques pour l’homme : la deltaméthrine et l’esbiothrine. Ces produits sont appliqués :

- A l’aide d’atomiseurs individuels (Solo) ; les pyréthrinoïdes sont en émulsion dans l’eau,

- En pulvérisation spatiale ULV à l’aide de nébulisateurs à froid (montés sur véhicules 4*4, vitesse du véhicule 2 km/h) ; les pyréthrinoïdes sont en solution dans un solvant pétrolier.

 

            Lutte larvicide

Le téméphos, insecticide organophosphoré dont la toxicité est moindre que celle du fénitrothion, est utilisé pour la destruction des gîtes larvaires. Il est remplacé par un biopesticide le Bti (Bacillus thuringiensis israelensis).

 

 

Les pyréthrinoïdes

Mécanisme d’action toxique et symptomatologie

Les pyréthrinoïdes de synthèse agissent sur le système nerveux, en prolongeant l’ouverture des canaux sodiques membranaires, allongeant ainsi la durée de dépolarisation qui suit le potentiel d’action, ce qui conduit à un état d’hyperexcitabilité cellulaire stable.

Les effets insecticides et toxiques de la deltaméthrine et de l’esbiothrine résultent de leur action sur les échanges transmembranaires impliqués dans la neurotransmission ; ils sont très peu toxiques pour les mammifères qui les métabolisent rapidement.

 

Dans les conditions d’exposition environnementale et professionnelle, la symptomatologie de l’intoxication chez l’homme dépend de la voie de contact et traduit essentiellement un effet irritant. Toutefois la responsabilité des solvants pétroliers mis en œuvre dans les préparations commerciales peut être discutée. On a pu observer :

             

            Par contact cutané et/ou oculaire :

- érythème cutané, prurit,

- conjonctivite, parfois œdème palpébral

 

      Par inhalation :

-          toux, gêne respiratoire ; l’inhalation d’aérosols concentrés peut provoquer une bronchoconstriction en cas d’antécédents de bronchite chronique ou d’asthme.


 

 

Lors d’expositions professionnelles, l’apparition de paresthésies au niveau des zones de contact (visage, avant-bras) est une caractéristique de cette classe de produit : sensations de picotement, d’engourdissement, de brûlures. Il peut exister une inversion de la sensation chaud/froid. Ces paresthésies peuvent être exacerbées par la transpiration, la chaleur, l’exposition à la lumière ou le lavage à l’eau chaude des zones atteintes. Elles apparais